Agriculture et politique : des champs d’insécurité

N° 108 – Printemps 2019
Dossier dirigé par Matthieu Brun
L’agriculture n’est en effet pas un secteur économique comme les autres. Elle est une activité mais aussi un mode de vie en relation avec des dynamiques sociales, culturelles, démographiques, environnementales et politiques. Bien qu’elle soit en déclin dans sa contribution au Produit intérieur brut et à la croissance économique, elle demeure dans les pays du sud et de l’est de la Méditerranée pourvoyeuse d’emplois, de revenus mais aussi de stabilité.

Les conditions du « rêve irakien »

En 2021, l’Irak en tant qu’État aura 100 ans ! Et pourtant, comme en 1921, il souffre encore de l’incapacité à intégrer ses Kurdes, ses sunnites, ses chiites, ses chrétiens et ses autres communautés dans une « irakicité inclusive ». Depuis la proclamation de la victoire sur l’organisation de l’État islamique à la fin de l’année 2017, est exposé sur le devant de la scène un discours sur la construction d’un « nationalisme irakien » qui pourrait engager le pays dans la fabrication d’une « nation » irakienne et qui prendrait l’« irakicité » comme son unique « référentiel », la « reconnaissance » des différentes communautés comme son « principe régulateur ». Les producteurs de ce discours se trouvent à la fois à l’échelle nationale (à commencer par le Premier ministre – chiite – Adel Abdel Mahdi et le président de la République – kurde – Barham Salih), régionale (l’Iran et la Turquie, notamment) et internationale (États-Unis, Europe...)

Algérie : la fin du « pacte social rentier » ?

Depuis le début des grandes marches nationales initiées le 22 février dernier, l’Algérie est entrée dans une nouvelle phase de son histoire. C’est en effet la première fois, depuis les tourbillons festifs ininterrompus liés à son accès à l’indépendance en juillet 1962, que l’ensemble du peuple algérien s’est spontanément mobilisé dans une incomparable ambiance de consensus autour d’un mot d’ordre simple, clair et net : « Non à un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika ! » Un mouvement social de grande ampleur que l’annonce, lundi dernier, du renoncement à ce projet de cinquième mandat (et le report sine die de l’élection présidentielle prévue le 18 avril) n’a, à ce stade, pas permis d’endiguer. Comment avons-nous pu en arriver à cette nouvelle donne ? Peut-elle être considérée comme un coup de tonnerre dans un ciel serein ?

Europe-Méditerranée : une communauté de destin ?

Nos façons de parler ne sont jamais innocentes, et nos expressions machinales traduisent souvent les malheurs et injustices du temps. Ainsi, l’expression que j’ai moi-même reprise à l’occasion de la conférence inaugurale du Salon Maghreb-Orient des livres à Paris : « Europe-Méditerranée », formule mise en circulation par la Conférence de Barcelone (1995) où Méditerranée, après le trait d’union, indique l’Autre, l’ailleurs, l’étranger, comme si l’Europe était devenue étrangère à son propre nombril historique, à sa matrice qu’est le Mare Nostrum, notre berceau devenu cimetière où ont disparu 17 000 migrants depuis 2014...

Adieu à Josette Audin

Josette Audin est morte victorieuse. Ses enfants, Michèle et Pierre, peuvent être fiers de leur maman. Une leçon de courage et d'intelligence: on ne perd à coup sûr que les combats qu'on ne mène pas. Dans mon Panthéon et celui, j'en suis sûr, de milliers d'autres, elle prend place aux côtés de Dolorès Ibarruri. Deux passionnarias...

Turquie : retour de l’autoritarisme

N° 107 - Hiver 2018
Dossier dirigé par Yohanan Benhaim, Ugur Kaya et Dilek Yankaya.
Depuis 2010 une personnification progressive du pouvoir en la personne du président Recep Tayyip Erdogan a alimenté le débat sur la présidentialisation du régime politique, qui a été approuvée par le référendum en avril 2017 et est entrée en vigueur suite aux élections du 24 juin dernier. Cette dynamique de centralisation du pouvoir autour de l’exécutif n'est possible qu'avec un renouvellement des acteurs participant à la prise de décision. La présidentialisation du régime accompagne une dynamique de centralisation autoritaire plus que jamais dépendante des alliances et partenariat forgées avec des acteurs partisans, institutionnels ou privés.

Trump et le Moyen-Orient une politique irréfléchie de puissance

Le 16 décembre, le Sénat des États-Unis votait à une large majorité une résolution interdisant toute aide militaire américaine à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen. Même si ce vote est symbolique, c’est la première fois que l’une des deux chambres du Congrès affirme sa souveraine autonomie sur une question de guerre ou de paix, sous le « War Powers Act » (loi fédérale de 1973 limitant les pouvoirs du Président d’engager les forces armées dans des conflits sans le consentement du Congrès). Le Sénat passait aussi une résolution mettant nommément en cause le Prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) pour le meurtre de Jamal Khashoggi et exigeait des comptes à l’État saoudien.

Antisionisme, antisémitisme, sortir de l’amalgame

Le 16 juillet 2017, le président de la République française célèbre la 75e commémoration de la rafle du Vel d’Hiv. Pour la première fois, il a invité le Premier ministre israélien. Après avoir démontré la responsabilité du régime de Vichy dans la déportation des juifs, il conclut : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. » Étrange amalgame, puisqu’il confond, dans une même réprobation, un délit – le racisme antijuif – et une opinion qui conteste la pensée de Theodor Herzl.

Les puissances empêtrées au Moyen-Orient

Les mots nous cachent les choses. Comme on les utilise sans vraiment réfléchir à leur sens, on n’oublie qu’ils ne sont que des approximations pour tenter de saisir une réalité toujours en perpétuel mouvement. Quand, par exemple, on parle de puissance, le terme connote aussitôt une capacité de s’imposer par la force sans qu’on imagine d’emblée qu’elle puisse être faible, illusoire, fragile ou... impuissante. Et ce d’autant plus qu’on a tendance à réduire cette notion à sa seule dimension militaire en gommant toutes les autres: économique, financière, démographique, culturelle et politique. Ce à quoi il faut ajouter l’essentiel: l’intelligence des hommes ou son contraire.

L’Etat-nation du peuple juif

En ces temps de régression populiste et nationaliste un peu partout dans le monde, le gouvernement et le parlement d’Israël ont frappé très fort avec l’adoption, en juillet 2018, d’une loi fondamentale consacrant l’Etat d’Israël comme l’Etat-nation du peuple juif.

République et islam : défis croisés

N° 106 – Automne 2018
Dossier dirigé par Haoues Seniguer
La question du traitement réservé à l’islam et aux musulmans, et celle de savoir s’il doit être différent – et en quoi - de celui réservé aux autres confessions, appelle d’abord une réflexion historique, exige aussi de faire appel à plusieurs disciplines, dont bien sûr le droit. Les études sur l’islam, et celles sur l’islam et les musulmans de France en particulier sont certes nombreuses, et une nouvelle étude n’aurait pas grand intérêt si elle ne portait pas sur cette interrogation centrale : en quoi l’islam et les musulmans poseraient-ils un problème essentiel et appelleraient-ils un traitement spécifique ?

Septembre c’est la rentrée!

...et avec la rentrée l'iReMMO reprend ses activités avec les Midis, les Controverses, les Universités populaires, et les différentes sessions de formation (séminaires et ateliers) ou Hors-les-murs avec les colloques organisés au Palais du Luxembourg, au Collège des Bernardins ou à l’Institut du monde arabe, sans oublier le Maghreb-Orient des livres...

Bon été !

Au moment où se termine cette année 2017-2018, je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui ont suivi les multiples activités de l’iReMMO dans nos locaux avec les Midis, les Controverses, les Universités populaires, et les différentes sessions de formation (séminaires et ateliers) ou hors-les-murs avec les colloques organisés au Palais du Luxembourg, au Collège des Bernardins ou à l’Institut du monde arabe, sans oublier le Maghreb-Orient des livres dans les salons de l’Hotel de ville de Paris qui a accueilli près de 7.000 personnes.

États, nations, communautés

N° 105 - Été 2018
Dossier dirigé par Jacques Huntzinger
Ce numéro est consacré à la thématique de l’avenir du Moyen-Orient sous l’angle des États-nations, des communautés et des minorités. Cette réflexion est la reprise des travaux du colloque de mars 2018 dans le cadre du partenariat avec le Collège des Bernardins et l’iReMMO, lequel avait déjà, au moment de l’apogée de Daech en 2016, conduit à une réflexion sur « le monde arabe entre rupture et renaissance ».

Moyen-Orient : le pivot russe

N°104 - Printemps 2018
Dossier dirigé par Erik Burgos et Clément Therme
La Russie est-elle devenue la nouvelle puissance pivot du Moyen-Orient ? Ce numéro spécial entend apporter de nouvelles contributions aux débats suscités par le retour de la Russie dans l’espace moyen-oriental. Au sommaire notamment : La Russie : une puissance indépendante au Moyen-Orient ; La rivalité russo-américaine en Syrie : une nouvelle guerre froide ? ; Russie - pétromonarchies du Golfe : de la tempête à l’accalmie ; La politique étrangère russe au Maghreb : entre commerce et sécurité ; Des céréales russes au menu géopolitique du Moyen-Orient...

L’adhésion de la Palestine à la Cour pénale internationale : une stratégie en vue de la reconnaissance

Mars 2018 - N° 33
Auteure : Sarah Daoud
La Palestine a récemment adhéré à toute une série de traités internationaux. Le droit constitue une ressource politique non négligeable pour les Palestiniens, lesquels n'ont eu de cesse de brandir le cadre légal pour légitimer leur cause. L'adhésion de la Palestine à la CPI le 1er avril 2015 peut être envisagée comme un calcul stratégique face à l'impasse des négociations de paix avec Israël. L'auteure aborde le sujet aux prismes de la science politique et de la sociologie des relations internationales plutôt que d'un point de vue juridique.

[Tribune] « La dignité n’a pas de prix » : 5 millions de Palestiniens otages de Trump

Tribune à Lire sur Libération

Imaginons : le 1er mai prochain, en France, toutes les écoles, les hôpitaux, les centres d’aide sociale ferment brutalement, jusqu’au 31 décembre 2018. Il n’y a plus de fonds pour les faire fonctionner. Impensable ! En France, oui. Mais ce désastre est sur le point de se réaliser pour les 5 millions de Palestiniens qui vivent en Jordanie, au Liban, en Syrie, à Gaza, en Cisjordanie occupée...

Crises et conflits en Méditerranée : L’agriculture comme résilience

Janvier 2018 - N° 32
Auteur : Cosimo Lacirignola
Guerres, instabilités politiques, changements climatiques, migrations, croissance démographique, raréfaction des ressources naturelles : la Méditerranée constitue un arc de crises majeures. La sécurité alimentaire et l'agriculture qui concernent une partie importante de la population subissent cet état de crises. Souvent décriées pour leurs impacts sur l'environnement, les activités agricoles peuvent pourtant aussi être une réponse à ces défis. Ce travail replace la dimension agricole et le développement rural au centre du débat pour penser la Méditerranée du futur.


Genre et violences de guerre au Moyen-Orient

N°103 - Hiver 2017
Dossier dirigé par Valérie Pouzol
Le Moyen-Orient est plus que jamais une région ébranlée par la guerre. Les femmes ne sont pas uniquement des victimes de guerre : elles sont aussi parfois engagées dans les combats et dans la résistance armée. Au sommaire, entre autres, de ce numéro : Fragmentation de l’Irak et droits des femmes ; Le genre dans l’« Intifada des couteaux » ; Les femmes dans la littérature et la pensée djihadiste ; Résistances des mouvements féministes en Turquie face à la violence extrême de guerre...

 

Trump et les effets pervers

En faisant cette fracassante déclaration sur la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, Donald Trump a agi, une fois de plus, de manière irresponsable avec une totale indifférence aux implications internationales de son acte.

La fabrique audiovisuelle de l’État islamique : La vidéo comme arme de guerre et outil de légitimation et de recrutement

Janvier 2018 - N° 31
Auteure : Dhouha Rekik
Cet ouvrage tente de mieux comprendre les mutations de la communication jihadiste avec l'avènement de l'organisation de l'État Islamique. Pour la première fois, une organisation jihadiste a occupé un territoire qu'il a fallu peupler et administrer. Un arsenal médiatique conséquent et complexe a été mis en place à destination de différents "publics". L'ouvrage explore les registres cinématographiques, institutionnels et idéologiques déployés à diverses fins : légitimer, recruter ou terroriser. Ce faisant, il éclaire également la nature de l'OEI et son idéologie à géométrie variable.

Europe, réveille-toi, le café est prêt

L'Israël de Netanyahou se moque ouvertement des valeurs que l'Europe prétend chérir. Quand les dirigeants européens vont-ils enfin se réveiller et rejeter la réalité inacceptable de ces 50 dernières années ?
Par Hagai El-Ad

[Tribune] Après la décision irresponsable de Donald Trump, que la France s’engage !

Depuis des années, on ne parle plus guère du conflit israélo-palestinien. Ce silence ne recouvre pas un statu-quo synonyme d’immobilisme comme s’il ne se passait plus rien sur le terrain. Il occulte au contraire une politique de colonisation chaque jour plus intense déployée par le gouvernement Netanyahou partout en Cisjordanie et plus particulièrement à Jérusalem-Est et dans ses environs immédiats avec tout ce que cela implique de violences physiques, matérielles et symboliques aux conséquences irréversibles à l’encontre des Palestiniens [...].

C’est dans un tel contexte que Donald Trump a choisi d’annoncer que les Etats Unis reconnaissaient Jérusalem comme capitale d’Israël.

Terrorisme(s)

N°102 - Automne 2017
Dossier dirigé par Jean-Paul Chagnollaud
Un des paradoxes majeurs du terrorisme réside dans l’écart abyssal existant entre les logiques de des modalités d’action, toujours à peu près les mêmes à travers le temps et l’espace, et ses racines sociologiques multiples et changeantes selon les séquences historiques dans lesquelles il fait irruption.  L’acte terroriste s’inscrit toujours dans une logique spécifique qui n’est jamais irrationnelle même si elle peut apparaître comme telle. Il instrumentalise des victimes innocentes pour faire pression sur un adversaire qui est en fait la véritable cible dans une situation conflictuelle où les auteurs se trouent engagés. Tout se passe comme si la relation à deux (terroriste et victime) se métamorphosait en un « triangle terroriste-victime-cible »

La résistance palestinienne : des armes à la non-violence

Septembre 2017 - N° 30
Auteur : Bernard Ravenel
Dans sa lutte désormais centenaire, le peuple palestinien, colonisé par le mouvement sioniste, a traversé plusieurs périodes correspondant à des contextes géopolitiques très différents. Confronté à un ennemi puissant soutenu par les principales puissances impériales du XXe siècle, le mouvement national palestinien a cru un moment nécessaire et possible d'obtenir la libération par une lutte armée de longue durée. Il a perdu ce pari et, tirant les leçons de ses échecs, il s'est engagé dans une résistance populaire non-violente qui a fait l'admiration des peuples du monde dominé et ouvert la voie au "Printemps arabe".

 

L’indécence touristique : Comment voyager en Grèce à l’heure de la crise ?

Octobre 2017 - N° 29
Auteure : Hécate Vergopoulos
Peut-on concilier misère et soleil ? Comment faire l'expérience d'une destination quand le pays dont elle est le nom vit de plein fouet une crise telle qu'elle en défigure les peuples autochtones et en frelate les paysages récréatifs ? En donnant la parole aussi bien aux touristes qu'aux acteurs économiques, ce livre entend étudier la manière dont la crise impacte, ou non, le sens de la pratique touristique. Le tourisme est aujourd'hui traversé par une crise de valeurs à laquelle l'industrie touristique ne souhaite pas apporter de réponse, laissant le champ libre à des acteurs locaux pour inventer une autre manière d'être touriste.

 

L’Algérie et la France : deux siècles d’histoire croisée

Septembre 2017 - N° 28
Auteur : Gilbert Meynier
Après un rappel de la tradition historiographique coloniale française, cet ouvrage, qui traite du système colonial entre politique et primat des armes, renvoie le lecteur au temps long d'une histoire, peu ou prou partagée entre le nord et le sud de la mer Méditerranée - en arabe, la mer moyenne ; ce qui explique in fine la conquête militaire de l'Algérie à partir de 1830, puis la mise en place dudit système. Ce livre tente de synthétiser les formes et le fond des répliques à la colonisation, qui aboutissent à la guerre d'indépendance de 1954-1962, sans pour autant effacer l'entrelacement - traumatique certes, mais bien tangible - entre Algériens et Français.

 

Où en est la transition démographique dans le monde arabe ?

Je ne vais pas faire un cours de démographie. Ce serait lassant. Je vais essayer de montrer les implications de la démographie, socio-économiques et idéologiques dans le monde arabe. Quels sont les enseignements qu’on peut tirer de sa transition démographique? Et, de ce qui survient actuellement, les contre-transitions démographiques ?
Par Youssef Courbage

Kurdistan irakien : que faire après le référendum ?

Un responsable politique kurde qui ne manquait pas d’humour rappelait récemment que dans les années 1970-1980 les Kurdes répétaient souvent : « nous avons un passé tragique, notre présent est dramatique mais heureusement nous n’avons pas d’avenir »...

Par Jean-Paul Chagnollaud

Emmanuel Macron doit défendre Salah Hamouri

Couper la poire en deux : c’est ce qu’a fait, ce mardi, la Cour de Jérusalem...Elle a annulé les six mois de détention administrative infligés par le ministre israélien de La Défense Avigdor Lieberman au Franco-Palestinien Salah Hamouri. Mais elle « réactive » – du jamais vu ! – le reliquat de trois mois qui lui restaient à purger lors de sa libération, en décembre 2011, dans le cadre de l’échange d’un millier de prisonniers palestiniens contre le soldat franco-israélien Gilad Shalit.

iReMMO, an 7

Nous avons créé l’iReMMO en 2011 parce que nous estimions nécessaire d’avoir un lieu de débats et de réflexion indépendant sur les enjeux socio-politiques de la Méditerranée, du Maghreb et du Moyen-Orient. Le temps passe vite et nous voilà déjà à l’aube de notre septième année.

La frontière dans tous ses états

N°101 été - 2017
Dossier dirigé par Karine Bennafla
Ce numéro revient sur la crise des frontières d’État amorcée avec la vague de contestation populaire arabe en 2011 et la multiplication des conflits qui a suivi, à l’origine d’un processus de dislocation territoriale ou tout au moins d’une déstabilisation généralisée des bordures territoriales. Ce tournant frontalier au Maghreb et au Moyen-Orient avait été brièvement abordé lors d’un numéro de Confluences Méditerranée en 2015 intitulé « Crises sans frontières ». L’article pointait les processus de dé/re-territorialisation à l’œuvre dans une région aux contours élargis sous l’effet des guerres, des multiples interventions des armées étrangères ou de mercenaires, des mouvements de réfugiés, mais aussi avec la diffusion d’une nouvelle idéologie, à forte résonance spatiale, par le groupe autoproclamé État islamique (Daech). Cette idéologie était perceptible à travers l’annonce de la restauration du califat en juin 2014 et le refus explicite des frontières « coloniales » instaurées par les accords Sykes-Picot (1916)

« Ma guerre des Six-Jours »

Lorsqu’on me demande pourquoi je me suis passionné pour le conflit israélo-arabe, je cite toujours « ma » matinée du 5 juin 1967 : alors que je viens, sur Europe 1, d’entendre Julien Besançon raconter la destruction de l’aviation égyptienne par les raids israéliens, je descends dans la rue pour me rendre à la fac et découvre France-Soir proclamant « Les Égyptiens attaquent Israël ». En fait, le « petit David » vient de lancer contre le « grand Goliath » une guerre préventive au terme de laquelle il va quadrupler son territoire, occupant la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza, sans oublier le Sinaï et le Golan. Le mensonge est si gros que, pour sa seconde édition, le journal de Pierre Lazareff rectifie – si l’on ose dire – le tir : « C’est la guerre au Moyen-Orient », affiche désormais sa « une ». Par Dominique Vidal

ILYM, Irak Libye Yémen Médias. Quel rôle pour les médias dans les pays en crise ?

Mai 2017 - N° 27
Auteurs : Akram Belkaïd, Claire Talon, Agnès Levallois
Autrefois simples témoins des conflits, les journalistes sont aujourd'hui perçus comme des acteurs à part entière de ces crises. Alors que les médias internationaux n'ont souvent plus du tout accès aux zones les plus difficiles, le rôle des journalistes des pays concernés devient déterminant aussi bien pour l'évolution interne de la crise que pour sa perception à l'extérieur par le reste du monde. Le projet ILYM, conçu par CFI, l'agence française de coopération média et l'iReMMO, a pour objectif d'analyser en profondeur le rôle et l'attitude des médias durant les crises en cours au Yémen, en Libye et en Irak, à travers des échanges entre praticiens de l'information et observateurs extérieurs.

Monde arabe : les aléas d’une transition ratée

Mai 2017 - N° 26
Auteur : Smail Kouttroub
La dynamique révolutionnaire qui s'est emparée du monde arabe n'en finit pas de surprendre tant par son ampleur que par sa portée. L'aspiration à la démocratie, au pluralisme et à la justice sociale laissaient croire que la région arabe allait enfin retrouver le sens de l'histoire. Aujourd'hui, l'heure est au pessimisme. Six ans après les révolutions, les pays arabes traversent leurs moments les plus difficiles. Au-delà de toute spéculation sur les évolutions politiques actuelles, le présent essai a pour ambition première d'analyser cette phase critique de l'histoire du monde arabe.

Nouveaux enjeux sahélo-maghrébins et perspectives

Les évolutions démographiques vont avoir une énorme incidence dans l’ensemble de l’espace sahélien, en raison de la forte vulnérabilité des populations, de la dégradation déjà avancée de leur cadre de vie - tout particulièrement des conditions de fonctionnement des agricultures vivrières - ainsi que des conséquences du réchauffement climatique, les risques de tensions ne sont pas à exclure. La crise qui s’y annonce ne sera pas de nature conjoncturelle, mais bien au contraire elle sera plus structurelle, voire systémique.
Par Nadji Safir

Printemps perdus de Méditerranée (1991-2017)

N°100 - Printemps 2016-2017
Dossier dirigé par Pierre Blanc
25 ans. Une génération. C’est aussi l’âge de Confluences Méditerranée. Nous sommes heureux de cette aventure partagée, stimulante et durable. En 25 ans, la revue n’a jamais manqué une sortie trimestrielle. Avec le présent numéro, nous en sommes donc rendus au centième. Le premier fut publié à la fin 1991, c’est-à-dire à un tournant historique pour le monde et la région : celui de la fin de la guerre froide et du début des négociations de Madrid entre Israéliens et Arabes qui pouvaient permettre d’envisager un avenir meilleur. 25 ans après, nous avons voulu consacrer le numéro 100 au bilan de cette période.

Israël-Palestine : l’urgence d’agir

Même si la communauté internationale semble avoir conscience de l’extrême gravité de la situation, la diplomatie déclamatoire s’avère radicalement insuffisante face au gouvernement de Nétanyahou, prêt à tout pour réaliser ses objectifs politiques.

Syrie : entre fragmentation et résilience

N°99 – Hiver 2016-2017
Dossier dirigé par Elisabeth Longuenesse et Laura Ruiz de Elvira
Après 5 ans d’un conflit qui avait commencé comme un soulèvement pacifique avant d’entraîner le pays dans la spirale d’une violence incontrôlée, la Syrie, son peuple, sa société, apparaissent aujourd’hui dans un état de fragmentation et de délitement extrêmes. En effet, plus de la moitié des Syriens ont été chassés de leurs maisons par la répression et les bombardements du régime de Bachar al-Assad, et plus récemment, par la violence des groupes jihadistes et les frappes russes et occidentales. Ils sont probablement au moins 6 millions à avoir quitté le pays pour se réfugier principalement dans les pays voisins, tandis qu’un certain nombre a réussi à rejoindre l’Europe après un périple autant dangereux qu’épuisant.

TRIBUNE « À Alep, la barbarie triomphante » dans Libération

Le dernier acte de la tragédie syrienne est sans doute en train de se clore, mais il est encore temps d’agir avec force sur le plan diplomatique. Il faut en avoir la volonté politique, estiment les chercheurs de l'Institut de recherche et d'études méditerranée Moyen-Orient.

Partis et recompositions politiques : quelques enseignements du « Printemps arabe »

Longtemps délaissés par les sciences sociales, les partis politiques dans le monde arabe suscitent depuis quelques années un regain d’intérêt. Vingt ans après un travail coordonné par Pierre-Robert Baduel sur le Maghreb dans la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée (1996), dix ans après un numéro dirigé par Myriam Catusse dans la même revue sur le Machrek (2006) il semble que l’appel à un renouveau de l’approche du fait partisan ait été entendu.


Par Robin Beaumont est doctorant en Études politiques à l’EHESS (CETOBaC) allocataire du programme ERC WAFAW (IREMAM) et Xavier Guignard est ATER et doctorant en science politique à l’Université Paris 1 (CESSP), chercheur associé à l’IReMMO.

Partis et partisans dans le monde arabe post-2011

N°98 - Automne 2016
Dossier dirigé par Robin Beaumont et Xavier Guignard
Longtemps délaissés par les sciences sociales, les partis politiques dans le monde arabe suscitent depuis quelques années un regain d’intérêt. Vingt ans après un travail coordonné par Pierre-Robert Baduel sur le Maghreb dans la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée (1996), dix ans après un numéro dirigé par Myriam Catusse dans la même revue sur le Machrek (2006) il semble que l’appel à un renouveau de l’approche du fait partisan ait été entendu. Ce numéro de Confluences Méditerranée se propose de présenter quelques- uns de ces récents travaux, pour certains encore inédits, et, adoptant une perspective comparatiste, d’explorer avec eux les pistes qu’ils ouvrent quant aux recompositions politiques dans la région. En rassemblant ses auteurs autour d’un même objet, d’une même séquence historique et d’une même approche, ce numéro entend ainsi souligner l’intérêt du parti à la fois comme lieu d’observation privilégié des transformations socio-politiques que connaît le monde arabe depuis 2011, et des partisans comme acteurs de ces recompositions.

Les multiples visages de Shimon Pérès

Shimon Pérès est mort mercredi 28 septembre 2016. Retour sur soixante années de la carrière politique contrastée de celui qui fut à la fois l’artisan de « l’ambiguïté délibérée » du nucléaire israélien, l’un des acteurs de la politique de colonisation, des accords d’Oslo comme de leur échec, et le lauréat du prix Nobel de la paix.

Iran/Arabie saoudite : une guerre froide

N°97 - Printemps-Été 2016
Dossier dirigé par Agnès Levallois et Clément Therme
Le 3 janvier 2016, la rupture des relations diplomatiques entre Téhéran et Riyad est le résultat d’une dégradation continue des relations irano-saoudiennes à la suite des soulèvements arabes de 2011. Si la dimension locale des conflits reste primordiale pour comprendre les causes de l’affaiblissement des Etats dans le monde arabe, force est de constater que l’implication de l’Iran et de l’Arabie Saoudite dans les conflits au Yémen, en Irak, en Syrie et au Liban est désormais un paramètre majeur. Il s’agit en premier lieu d’une instrumentalisation des tensions sectaires par ces Etats qu’elle soit voulue (comme dans le cas de Riyad) ou qu’elle soit subie (comme le montre la politique étrangère iranienne). Cependant, si la variable sectaire est désormais incontournable, elle n’est pas la seule grille de lecture nécessaire pour comprendre les turbulences régionales.

Les objectifs de développement durable : opportunités méditerranéennes

Juin 2016 - N° 25
Auteur : Cosimo Lacirignola
En septembre 2015, les Nations unies adoptaient les Objectifs de développement durable (ODD) identifiant 17 objectifs de développement. L'organisation intergouvernementale CIHEAM est investie depuis de nombreuses années sur ces thématiques. Elle a donc souhaité proposer une série de regards méditerranéens autour de trois enjeux : la sécurité alimentaire, l'agriculture face aux changements climatiques et le partenariat multilatéral. Autant de défis essentiels pour construire la Méditerranée de demain. (Articles en anglais et en français).

La politique française au Moyen-Orient

N° 96 - Hiver 2015- 2016
Dossier dirigé par Jean-Paul Chagnollaud
La conduite de la politique étrangère est un exercice d’une grande complexité sans doute davantage encore lorsqu’il s’agit d’une région aussi tourmentée que le Moyen-Orient aujourd’hui. Pour l’appréhender il faut analyser une multiplicité d’élé- ments qui interagissent les uns avec les autres. D’abord les centres de décision. Sous la Ve république tout paraît simple puisque tout doit remonter au chef de l’Etat qui, en dernière instance, décide. En réalité, ce serait sous-estimer le poids des autres institutions impliquées dans l’élaboration de la politique étrangère : le Quai d’Orsay, le ministère de la Défense et même, pour certains dossiers, celui de l’Intérieur, sans oublier Matignon. Au sein de ces institutions comme à l’Elysée, il faut alors tenir compte des affinités politiques et idéologiques entre les hauts fonctionnaires qui tiennent les postes clés et veulent être en situation d’infléchir les décisions majeures.