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Palestine à l’Unesco: le sens d’un choix

La Palestine vient d’être admise comme membre à part entière à l’UNESCO. C’est une victoire diplomatique importante pour l’Autorité palestinienne, sur les plans symbolique, politique et pratique. Symbolique, parce que, pour la première fois, les Palestiniens seront considérés dans une organisation internationale à l’égal de toutes les autres nations, comme s’ils avaient enfin leur État ; politique, parce qu’il s’agit d’une première étape qui en annonce d’autres sur le chemin de la reconnaissance internationale ; pratique, parce que ce nouveau statut au sein de l’UNESCO doit leur permettre de bénéficier des programmes et du soutien de cette organisation pour la préservation de leur riche patrimoine culturel.
Ce succès est le résultat d’une stratégie initiée depuis quelques mois par Mahmoud Abbas et fondée sur un constat : en vingt ans de discussions israélo-palestiniennes, aucune avancée significative ne s’est produite, alors que la colonisation israélienne s’est intensifiée en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est. Le gouvernement Nétanyahou veut préserver le statu quo pour gagner du temps afin de rendre les implications de l’occupation – plus de 500 000 colons – irréversibles.

Dans ce rapport de forces asymétrique, des négociations entre Israël et les Palestiniens sont vouées à l’échec si elles ne sont pas d’abord fondées sur le droit international ; c’est pourquoi les Palestiniens ont décidé d’agir dans le champ diplomatique en s’appuyant sur les instruments de la légalité internationale qui leur reconnaissent le droit à un État dans les frontières d’avant 1967. Cette démarche, tournant le dos aux initiatives fondées sur la violence et le terrorisme, vient d’obtenir le soutien d’une grande partie de la communauté internationale, preuve de sa dimension multilatérale.
Le gouvernement israélien aurait pu saisir cette occasion historique pour tendre la main aux Palestiniens et ouvrir de vraies négociations au terme desquelles un État palestiniens aurait été crée. Une telle ouverture, soutenue par la communauté internationale, aurait transformé le Proche-Orient et offert à Israël une perspective d’intégration dans la région, la meilleure garantie de sa sécurité sur le long terme. Or il n’a pas trouvé d’autres réponses que la construction de nouveaux logements dans les colonies de Jérusalem-Est et la confiscation des taxes douanières palestiniennes, avec plein soutien des États-Unis, qui viennent, encore une fois, de démontrer leur impuissance dans ce dossier crucial pour l’équilibre du Moyen-Orient.
Leur menace de suspendre leur participation au budget de l’Unesco en cas de vote favorable à la Palestine n’a eu aucun effet, puisqu’en 107 États se sont prononcés pour cette admission. Cette menace aussitôt mise à exécution va remettre en cause d’importants programmes en faveur de l’éducation de la culture dans le monde. L’Administration américaine en est ainsi réduite à infliger des punitions collectives à une organisation internationale, faute d’avoir obtenu le vote qu’elle souhaitait : bien étrange conception du multilatéralisme ! C’est une politique qui masque très mal le grave revers qui va certainement affecter davantage encore une image déjà bien ternie, surtout quand on se souvient de l’espoir suscité par son discours du Caire, en juin 2009.

L’Union européenne a encore une fois implosé. Sur cette question, elle est incapable d’agir ; c’est ce qui a sans doute décidé la France à prendre ses responsabilités. Sur cette question, elle est incapable d’agir ; c’est ce qui a sans doute décidé la France à prendre ses responsabilités. Alors que, la veille encore, elle estimait qu’un tel vote était prématuré, elle s’est finalement prononcée pour l’admission de la Palestine. Il faut saluer cette position, qui vient encore renforcer son influence retrouvée dans le monde arabe. Depuis janvier dernier, Paris montre le chemin pour soutenir les sociétés civiles arabes en quête de démocratie et de liberté, ce que précisément les Palestiniens revendiquent à travers la reconnaissance de leur État.

Dans Le Figaro,
7 Novembre 2011

Jean-Paul Chagnollaud
Professeur des universités,
Directeur de l’Institut de recherches et d’études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO)

ÉDITO

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L’Iran face à ses crises: anatomie d’une rupture entre l’État et la société

Depuis le 28 décembre 2025, l’Iran connaît une vague de contestation d’une ampleur et d’une intensité inédites. La révolte contre la vie chère a été, dès ses débuts, un soulèvement contre le pouvoir. Sous des mots d’ordre économiques se lisait déjà une contestation politique, tant la dégradation du quotidien est perçue comme le produit direct des choix du régime. La valeur du rial face au dollar dépend largement de l’état des relations avec les États-Unis, et donc des orientations stratégiques de la République islamique. Dès les premières heures, la mobilisation a dépassé la question du coût de la vie pour viser plus frontalement le régime lui-même.

Par Clément Therme, historien des relations internationales et membre du Comité de rédaction de Confluences Méditerranée

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LES ANALYSES DE CONFLUENCES

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Le choc des élections en Grèce

Christophe Chiclet, 17 août 2012
Suite à la grave crise financière, puis économique et sociale, la Grèce vient de plonger dans une crise politique majeure. Le bipartisme qui réglait la vie politique grecque depuis l’indépendance de 1832 (Populistes-libéraux ; Royalistes-Vénizélistes ; Monarcho facistes-communistes ; Conservateurs-socialistes) a volé en éclat lors des législatives anticipées des 6 mai et 17 juin 2012. Le paysage politique a été totalement chamboulé. Les socialistes du PASOK ont pris une déculotté historique alors qu’ils gouvernaient le pays quasiment sans interruption depuis 1981. Les partis traditionnels qui soutenaient les plans d’austérité imposés par la « Troïka » (UE, Banque mondiale, FMI) ont été lourdement sanctionnés. Le PASOK est arrivé en troisième position le 6 mai avec 13,18% des voix, perdant 30,7% par rapport aux législatives de 2009, perdant donc 109 députés, n’en gardant que 41, revenant au niveau électoral qu’il avait aux élections d’octobre 1974, trois mois après la chute de la dictature des colonels.

 

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Lettre d’information de l’iReMMO