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Proche-Orient : la crainte de l’embrasement

Trois jours après l’intervention de la police dans la mosquée Al-Aqsa, est-ce qu’on en sait un peu plus sur l’intention des jeunes hommes qui se trouvaient à l’intérieur et qui ont été arrêtés ?

“Il y a des dimensions politiques, mais aussi religieuses, dès qu’on touche à l’esplanade des mosquées, il est clair que cela s’embrase très vite. Ce sont toujours des jeunes qui sont au contact dans ces affrontements, il faut bien comprendre qui sont ces jeunes palestiniens aujourd’hui. Ce sont des jeunes que l’on pourrait qualifier de l’après seconde intifada, qui n’ont rien connu d’autre et qui sont bloqués dans la perception de leur avenir. Si on les compare à la génération précédente, il y avait un espoir avec Oslo et la possibilité d’avoir un État, mais cela s’est effondré en 2000. Depuis 23 ans, nous sommes donc dans cette impasse. Dans les sondages, le nombre de jeunes qui sont pour la lutte armée est en sensible augmentation par rapport à ce qu’on aurait pu voir il y a vingt ans. Ils n’ont pas d’autre destin que celui-là. D’autre part, du côté israélien, on a une jeunesse qui est à l’inverse plutôt radicalisée, environ 75% de la société israélienne vote pour des partis de droite (y compris les jeunes). Aujourd’hui, on a un gouvernement qui est prêt à tout pour aboutir à son objectif, qui est celui d’étouffer la question palestinienne. On a franchi un cap incontestable, cette jeunesse n’a plus aucun horizon. J’ai peur que cela s’accentue encore dans les prochains mois. Nous avons le point d’incandescence qu’est Jérusalem.”

“Nous sommes aujourd’hui dans des équilibres de forces politiques qui n’ont cessé d’aller vers l’extrême droite. Smotrich à Paris a encore dit qu’il n’existait pas de peuple palestinien. Ces partis des années 1980, encore autrefois marginaux, sont aujourd’hui politiquement mis sur le devant de la scène. Sur le plan sociétal, ils avaient déjà intégré toute une série de postes importants et sont aujourd’hui au pouvoir. Cette idée de remettre en cause le statu quo s’installe de plus en plus et cela va continuer. Netanyahu à l’époque a été élu premier ministre au suffrage universel direct. Son objectif en 1996 était de casser Oslo et tout objectif de solution. Jérusalem est donc aujourd’hui annexée unilatéralement. Netanyahu est un stratège qui sait gérer les configurations difficiles. Il est coincé car s’il va trop loin, il perdra sa coalition. Il poursuit alors son même objectif depuis le début des années 1990.”

“Il faut distinguer les choses : ce n’est pas le peuple contre le gouvernement. Le peuple israélien est extraordinairement hétérogène, il a une multiplicité de contradictions. On pourrait les énumérer entre les arabes et juifs israéliens, religieux, laïques etc. Aujourd’hui, un courant arc-bouté sur des dimensions religieuses et nationalistes est ancré parmi le peuple : le parti sioniste religieux est une force importante dans la coalition. Il y a une stratégie de remettre en question le statu quo. Dans les manifestations en Israël, il y a une réaction très forte, non pas du peuple, mais d’une partie de la population israélienne. Il faut rappeler que la loi sur l’État nation du peuple juif , texte adopté en 2018, dit que la souveraineté appartient au peuple juif. Dans l’article 7, concernant les valeurs de l’État, on se revendique comme un État colonial constitutionnellement. On se bat contre une rupture de l’État de droit, mais c’est découplé par la volonté d’annexer la Cisjordanie et d’étouffer la question palestinienne.” 

Est-ce qu’on veut régler le conflit ou simplement le gérer ? Netanyahu opte pour la seconde option. On ne règle rien du tout sur le fond. Israël parle de sécurité en terme d’armes mais on peut penser la question de la sécurité autrement, en terme politique. Quand il y a eu le conflit entre l’Égypte et Israël, on pensait en termes de sécurité militaire, et puis un jour on a pensé la relation en terme politique et on a négocié la paix. Et le meilleur moyen d’assurer la sécurité est de vouloir la paix."

“Que va-t’il se passer suite à l’accord entre Ben-Gvir et Netanyahu sur la garde nationale ? On aurait une sorte de milice privée/publique au service uniquement de Ben-Gvir, un ministre raciste et suprématiste juif. Si une garde nationale d’environ 3000 hommes est créée, ça va être un outil supplémentaire pour cette droite israélienne. L’an dernier, il y a eu le projet de faire des élections législatives pour les Palestiniens. Mahmoud Abbas, sachant qu’il allait les perdre, a reporté ces élections. Il est de ce fait complètement décrédibilisé, surtout du point de vue de la jeunesse.”

Jean-Paul Chagnollaud

ÉDITO

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LES ANALYSES DE CONFLUENCES

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Syria : the limits of external influence

Barah Mikaïl, 14 juin 2011
When the winds of change started blowing through the Middle East in December 2010, analysts were quick to predict that Syria would not succumb to the wave of popular protests. Syrian President Bashar al-Assad claimed that his country was exempt from the factors driving other protests. Yet contrary to most predictions, the Syrian population has voiced it desire for change. The potential for farreaching reform now exists. While the EU must stand ready to help, however, it is unlikely to play a primary role in ushering in political liberalisation. This is because of the structural nature of the Syrian regime, the country’s place in the regional context and ongoing difficulties in Libya. The EU reaction to Syria’s protests has been ad hoc and uncertain, and European governments could certainly do more. But Syria may show the limits to what kind of impact can be expected of European support for democratic reform.

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Lettre d’information de l’iReMMO