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« Non, l’antisionisme n’est pas un délit » – Article de Dominique Vidal, membre de l’iReMMO

Le journaliste et historien revient, dans une tribune au « Monde », sur l’amalgame du président Emmanuel Macron lors de la cérémonie du 75e anniversaire de la rafle du Vél’ d’Hiv et explique pourquoi antisionisme et antisémitisme ne peuvent pas être assimilés.

Francis Kalifat a de la suite dans les idées. Coup sur coup, en cette première semaine de juillet, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a rencontré les ministres de la justice, Nicole Belloubet, et de l’intérieur, Gérard Collomb, pour exiger qu’on « poursuive systématiquement les appels au boycott » d’Israël, voire qu’on « interdise » le mouvement Boycott-Désinvestissement-Sanction (BDS).

Ce faisant, il se glisse dans la brèche ouverte, il y a un an, par le président de la République. A la fin de son discours à la cérémonie du 75e anniversaire de la rafle du Vél’ d’Hiv, le 16 juillet, Emmanuel Macron avait affirmé, devant le premier ministre israélien, invité pour la première fois : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. »

Etrange amalgame : d’un côté l’antisémitisme, délit sanctionné par la loi comme tous les racismes ; de l’autre l’antisionisme, une opinion que chacun est libre d’approuver ou de contester. Estimer que Theodor Herzl (1860-1904) s’est trompé en jugeant les juifs inassimilables et en les appelant à se rassembler dans un même Etat, est-ce criminel ?

Historiquement, Emmanuel Macron a commis une erreur. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, la majorité des juifs – communistes, bundistes, orthodoxes – rejetait le projet sioniste. Après le génocide, des centaines de milliers de survivants, faute de visas pour les États-Unis, gagnèrent la Palestine, d’où le conflit de 1948 avait chassé 800.000 Arabes.

Erreur historique et faute politique

S’agissait-il d’un « choix sioniste » ? La même question se pose pour deux autres vagues d’immigrés : celle des juifs arabes, expulsés ou « importés » par l’Agence juive ; celle des juifs – et non-juifs – soviétiques, empêchés de poursuivre leur périple jusqu’aux Etats-Unis.

Soixante-dix ans après sa création, Israël et les territoires qu’il occupe comptent 6,5 millions de juifs – et autant de Palestiniens. La majorité des 16 millions de juifs du monde vit donc ailleurs, où leur intégration se double d’une forte proportion de « mariages mixtes ». Plusieurs centaines de milliers de citoyens israéliens ne résident pas dans leur pays. Et, même parmi les Français ayant effectué leur aliya ces dernières années, une proportion significative revient…

Erreur historique, donc, mais aussi faute politique. Car la petite phrase du Vél’ d’Hiv a permis au président du CRIF d’exiger que la « définition, qui prend en compte l’antisionisme comme forme nouvelle de l’antisémitisme, soit transposée dans l’arsenal législatif français ».

La République doit-elle recréer un délit d’opinion ? Elle contredirait, ce faisant, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la Constitution et la Convention européenne des droits de l’homme. Le Conseil constitutionnel censurerait selon toute vraisemblance une telle démarche. Que dirait-on si les communistes prétendaient obtenir l’interdiction de l’anticommunisme, les gaullistes celle de l’antigaullisme ou les néolibéraux celle de l’altermondialisme ?

Manœuvre cousue de fil blanc

D’autant que l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme n’a aucun fondement. Dans une récente enquête d’Ipsos pour la Fondation du judaïsme français, les sympathisants de la France insoumise et du Parti communiste apparaissent comme les plus sévères vis-à-vis de la politique israélienne et « en même temps » les plus empathiques à l’égard des juifs…

La manœuvre est cousue de fil blanc : pour Israël et ses inconditionnels, il s’agit de bâillonner toute critique, au moment même où les alliés (et rivaux) de Benyamin Nétanyahou entendent passer de la colonisation à l’annexion du reste de la Palestine.

Une première loi, votée en février 2017, en jette les bases juridiques.Une autre, en janvier 2018, rend quasi impossible la rétrocession d’une partie de Jérusalem aux Palestiniens et permet d’exclure des quartiers arabes situés au-delà du mur. Et une troisième, en discussion, rattacherait à la ville cinq blocs de colonies, empêchant que Jérusalem-Est devienne un jour la capitale d’un Etat palestinien.

Une sorte d’apartheid

Promoteur de cette ligne dure, le ministre de l’éducation et de la diaspora Naftali Bennett, leader du parti Foyer juif, n’en fait d’ailleurs pas mystère : il enterre la perspective des deux Etats au profit d’un seul, où les Palestiniens annexés ne pourraient pas voter – une sorte d’apartheid. Et le comité central du Likoud s’est rallié à la fin de décembre 2017 à cette orientation.

Cette fuite en avant, qui défie le droit international, ne peut qu’accentuer l’isolement diplomatique de Tel-Aviv. L’Etat de Palestine est déjà entré à l’Unesco (2011), puis à l’ONU (2012) et à la Cour pénale internationale (2015). L’Assemblée générale a prôné, le 19 décembre 2017, le droit des Palestiniens à un Etat par 176 voix contre 7 (dont les îles Marshall, la Micronésie, Nauru et Palaos) !

Le CRIF n’est pas au bout de ses peines. A en croire l’IFOP, 57 % des Français ont une « mauvaise image d’Israël », 69 % une « mauvaise image du sionisme » – et 71 % pensent qu’« Israël porte une lourde responsabilité dans l’absence de négociation avec les Palestiniens ». Cette enquête date d’avant Gaza…

Un an après, l’exécutif semble hésiter. Au dîner du CRIF, le 7 mars, Emmanuel Macron n’a pas repris son amalgame. De même, Edouard Philippe l’a « oublié » le 19 mars en présentant le plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Faut-il en déduire que la lutte d’idées paie ? Pour supprimer ce point d’interrogation, il faudra sans doute poursuivre ce débat avec détermination et sang-froid…

ÉDITO

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L’Iran face à ses crises: anatomie d’une rupture entre l’État et la société

Depuis le 28 décembre 2025, l’Iran connaît une vague de contestation d’une ampleur et d’une intensité inédites. La révolte contre la vie chère a été, dès ses débuts, un soulèvement contre le pouvoir. Sous des mots d’ordre économiques se lisait déjà une contestation politique, tant la dégradation du quotidien est perçue comme le produit direct des choix du régime. La valeur du rial face au dollar dépend largement de l’état des relations avec les États-Unis, et donc des orientations stratégiques de la République islamique. Dès les premières heures, la mobilisation a dépassé la question du coût de la vie pour viser plus frontalement le régime lui-même.

Par Clément Therme, historien des relations internationales et membre du Comité de rédaction de Confluences Méditerranée

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LES ANALYSES DE CONFLUENCES

LES ANALYSES DE CONFLUENCES

Le développement, réel défi pour la Tunisie contemporaine.

Barah Mikaïl, 29 avril 2011
La tempête qui souffle sur l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient connaît une issue pour le moins incertaine. Cependant, une idée convenue consiste le plus souvent à voir dans la Tunisie le cas d’un pays à même de consacrer l’idée d’une transition exemplaire vers la démocratie. Le tribalisme et le communautarisme y sont en effet quasi-inexistants ; la notion et le concept d’unité nationale n’y posent aucun problème, l’indépendance du pays ayant été obtenue en 1956 au nom d’une nation qui existait réellement ; la nécessité de se consacrer à une ère post-Ben Ali qui fasse entièrement fi du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) et de ses affidés est quant à elle une idée partagée par l’ensemble de la population ou presque. A priori, peu d’entraves devraient donc se hisser sur la route qui va mener les Tunisiens à l’élection d’une Assemblée constituante le 24 juillet prochain.

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Lettre d’information de l’iReMMO