Accord entre Israël et le Hamas : « Un succès diplomatique pour le Qatar »

Si la libération des otages israéliens a lieu selon les termes évoqués, il s’agirait d’un véritable succès diplomatique pour le Qatar. L’accord s’inscrit dans la stratégie de Doha qui entend jouer un rôle particulier dans la région en s’imposant comme un médiateur et intermédiaire incontournable, capable d’échanger avec l’ensemble des parties.

En effet, le Qatar discute avec le Hamas, Israël, mais aussi avec les Etats-Unis, premier soutien de l’Etat hébreu. Abritant la plus grande base militaire américaine du Moyen-Orient, siège du « Centcom », commandement des forces américaines au Moyen-Orient, Doha a l’habitude de travailler et négocier avec Washington.

Ainsi, l’accord approuvé par les deux belligérants après d’intenses négociations et qui devrait mener à la libération d’au moins 50 otages israéliens, est la combinaison des efforts diplomatiques des Etats-Unis, qui ont exercé des pressions sur Israël, et du dialogue du Qatar avec les représentants politiques du Hamas résidant à Doha.

Les négociations et réflexions autour d’une solution politique au conflit israélo-palestinien seront plurielles et ne seront pas menées par un seul Etat. Le Qatar s’inscrira pour sûr dans une démarche régionale, mais les autres Etats de la région, à commencer par l’Arabie saoudite [qui a organisé un double sommet de la Ligue arabe et de l’Organisation de la Coopération islamique le 11 novembre dernier, NDLR] ne laisseront pas Doha engranger toutes les victoires diplomatiques.

A défaut de devenir le grand négociateur d’une solution politique, le Qatar aura la légitimité de participer aux négociations sur le « jour d’après » au nom du rôle qu’il incarne pour les otages.

Le Qatar ne devrait pas abandonner, à ce stade, la direction politique du Hamas. Car il n’y aura pas de solution politique, quelle qu’elle soit, sans intégrer d’une façon ou d’une autre le Hamas dans les négociations, et donc le bureau politique mené par Ismaël Haniyeh à Doha.

Si Israël souhaite éliminer la branche militaire du Hamas, il n’a pour l’heure pas la capacité d’éteindre la branche politique du groupe islamiste. En ce qui concerne les financements du Qatar au Hamas – à hauteur de plus de 30 millions de dollars par mois –, ils sont versés avec l’accord de l’Etat hébreu, satisfait qu’un autre Etat assume la gestion financière de la bande de Gaza. Pour reconstruire l’enclave détruite, une somme d’argent considérable pourrait s’avérer utile. Des financements du Qatar donneraient l’opportunité à Tel-Aviv de continuer à se dédouaner de ses responsabilités.

Le Qatar a toujours cherché à se démarquer de son voisin saoudien – qui entend imposer son hégémonie dans la région – et dans une moindre mesure émirati. Disposant de moyens considérables, Doha a réussi à faire entendre sa voix. En bâtissant sa spécificité, cette capacité à parler à plusieurs interlocuteurs, devenue sa marque de fabrique, le Qatar joue ainsi la carte de la transaction.

Cette position d’intermédiaire sert donc les intérêts de plusieurs acteurs, dont les alliés occidentaux de l’émirat, le double jeu de Doha leur permettant de discuter avec des groupes politiques « ennemis » (talibans, Hamas…). A commencer par les Etats-Unis, avec qui le Qatar a gagné le statut d’allié majeur non-membre de l’Otan, et a mené d’importantes négociations, sur le dossier des talibans, notamment au moment du retrait américain d’Afghanistan en août 2021. Ou encore la France, avec qui le Qatar a signé un accord de coopération de défense, et discute sur la question des otages franco-israéliens – le ministre français des Armées Sébastien Lecornu s’étant rendu à Doha la semaine passée.

Ce rôle permet au Qatar, qui demeure un émirat fragile dépourvu d’armée puissante, de s’acheter des assurances-vie, nécessaires à sa survie, auprès de ses partenaires occidentaux. Cette position pourrait le mettre à l’abri de convoitises éventuelles de ses voisins.

Mais cette stratégie n’est pas figée dans le marbre. Des pressions pourraient un jour s’exercer sur l’émir Tamim ben Hamad al-Thani vis-à-vis de ses positions diplomatiques. Même si à l’heure actuelle, les bénéfices l’emportent pour Doha et ses partenaires.

Agnès Levallois, vice-présidente de l’iReMMO

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