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Distribution d’aide humanitaire à Gaza: « piège mortel » pour les civils?

La politique israélienne consiste à complètement écarter tous les systèmes onusiens et l’UNWRA est un système majeur et en particulier, c’est l’UNWRA qui s’occupait pour l’essentiel des distributions de pas simplement d’aliments, mais aussi sur le plan médical et puis sur le plan de la santé, sur le plan enfin et sur le plan indicatif. Israël a donc mis à l’écart l’UNWRA dans des conditions terribles. C’est pour ça que d’ailleurs Lazzarini, le directeur de l’UNWRA, explique ce qui se passe aujourd’hui, ce que vos images montrent très bien, c’est-à-dire qu’en fait il y a maintenant une organisation israélo-américaine qui est supposée fournir des aliments à la population, mais dans des conditions épouvantables. MSF (Médecins Sans Frontières) parle d’abomination. Comme vous l’avez dit, j’ai le texte sous les yeux d’un deathtrap, c’est-à-dire d’un piège mortel. Et l’organisation en fait de ce système. Il y a actuellement deux sites au sud et il y en a un au nord. Et puis un quatrième encore. Et ces sites de distribution ? Eh bien si des Palestiniens arrivent un peu trop tôt, ils se font tirer dessus, et s’ils partent trop tard pour les disperser, on leur tire dessus également. La semaine dernière, nous avons eu 72 morts, une partie donc ici, d’autres évidemment dans une région de Gaza, mais une bonne partie de cette façon, 12 morts sont le fait de ce que je viens d’évoquer et au total il y a eu plus de 500 morts depuis l’ouverture de cette pseudo organisation humanitaire, 500 morts depuis le 27 mai. D’après ce que dit MSF et Lazzarini, c’est-à-dire l’UNWRA, on est à pratiquement 4000 blessés.

Voilà la situation. Vous avez aujourd’hui dans Haaretz tout un article important là-dessus. C’est Haaretz qui s’est entretenu avec les soldats qui se trouvaient sur ces zones, sur ces sites, et les soldats expliquent qu’on leur donne l’ordre de tirer pour les raisons que j’ai évoquées, c’est-à-dire pour empêcher que les gens s’approchent trop tôt et ensuite pour qu’ils se dispersent plus vite après la fermeture de ces sites. Et le seul moyen, là encore, ce sont les soldats qui parlent, dans Haaretz que j’ai lu tout à l’heure, les soldats disent qu’on donne l’ordre de tirer et on tire avec des armes lourdes. Mais on tire aussi via les snipers. Et l’idée c’est qu’en fait on veut vraiment, je reprends les termes de Lazzarini, on veut humilier les gens et faire en sorte qu’ils soient dans des conditions de vie impossibles. Il ne faut pas oublier que le but de tout ça quelque part, c’est de rendre les conditions de vie impossibles, qui le sont déjà évidemment, mais plus encore maintenant avec l’idée qu’il faudrait qu’ils puissent partir. Et avec cette formule dans un euphémisme douteux qui consiste à dire : ce sont des départs volontaires. Et quand on voit les conditions dans lesquelles ils vivent, eh bien ce n’étaient évidemment pas des départs volontaires. Il y avait une remarque d’un soldat dans cet article d’Haaretz, dont je parle, qui disait qu’aujourd’hui la perte d’une vie humaine palestinienne ne signifie plus rien. Cette formule est absolument terrible. Il y a une déshumanisation absolument tragique et terrible. Et sur le plan juridique, il faut le redire, il faut le marteler, ce sont des crimes de guerre et c’est tous les jours que ça se passe. Il s’agit en fait de désespérer une population et de la pousser à partir.

Aujourd'hui la perte d'une vie humaine palestinienne ne signifie plus rien.

Donc là, il faudrait que la communauté internationale se mobilise, or elle ne le fait pas. Et je dirais encore un dernier mot pour montrer cette espèce d’empathie sélective. Si la ville de Haïfa en Israël avait été rasée par une armée arabe, eh bien il y aurait une mobilisation immense en Occident. Rafah a été complètement rasée, Gaza aussi en large partie et c’est dans l’indifférence coupable d’une bonne partie des pays occidentaux. Le conflit ouvert entre Israël et l’Iran a duré 12 jours, celui entre Israël et le Hamas dure depuis 2 ans et 8 mois maintenant. Pourquoi une telle différence ? En quoi les enjeux sont différents ? Les experts israéliens eux-mêmes estiment que cette guerre contre le Hamas aurait dû s’arrêter au printemps 2024, c’est-à-dire il y a un peu plus d’un an.

Jean-Paul Chagnollaud, président d’honneur de l’iReMMO.

ÉDITO

ÉDITO

Il n’y a pas de processus de paix à Gaza

La deuxième phase du plan Trump, inséré dans le droit international par la résolution 2803 du Conseil de sécurité du 17 novembre 2025, implique le désarmement du Hamas, un nouveau retrait de l’armée israélienne et l’arrivée d’une Force internationale de stabilisation (FIS). Et, plus tard, « …une fois que l’Autorité palestinienne aura scrupuleusement exécuter son  programme de réformes, les conditions seront alors peut-être réunies pour que s’ouvre un chemin crédible vers… la création d’un État palestinien. » L’idée serait donc d’avancer étape par étape pour aller « peut-être » un jour vers une solution politique. En fait, le scénario qui se met en place sur le terrain dévoile une réalité bien différente.

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LES ANALYSES DE CONFLUENCES

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Un Etat pour deux peuples ? une « stratégie » de renoncement

Jean-Paul Chagnollaud, 22 novembre 2010
Contribution du débat sur la Palestine dans la Croix du 19 novembre 2010 Encore quelques années et cela fera près d’un siècle que les Palestiniens sont en quête d’un Etat… Dans les années 1920, au début du mandat britannique, leur lutte se focalise sur une revendication forte et cohérente : un Etat sur toute la Palestine. Malgré la prégnance de l’arabisme alors dominant, cette lutte s’affirme de manière singulière d’autant plus qu’elle se nourrit de la confrontation avec le mouvement sioniste qui lui aussi veut un Etat sur cette terre. Mais cela ne dure pas. Au lendemain de la grande révolte de 1936, à la fois apogée et crépuscule de cette quête nationaliste, la question de Palestine devient une question arabe.

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Lettre d’information de l’iReMMO