Gaza: jusqu’où veut aller Israël?

Alors qu’Israël s’apprête à donner l’assaut dans la ville de Rafah, au sud de Gaza, les mises en garde internationales se multiplient. Benjamin Netanyahou semble, lui, déterminé à lancer une offensive terrestre sur cette ville devenue un gigantesque campement surpeuplé où sont réfugiés, selon l’ONU, 1,4 million de Palestiniens, soit un Gazaoui sur deux.

La stratégie israélienne servirait avant tout à pousser les Palestiniens à partir. Actuellement les conditions sont telles, que malgré leur attachement à leur terre et à la résistance, le départ devient nécessaire pour la survie de ces familles, même si cela signifie ne jamais revenir chez eux. Par conséquent, la succession de déclarations des responsables israéliens et la stratégie militaire menée servent à pousser les Palestiniens vers la frontière égyptienne afin qu’elle cède et s’assurer par les destructions que le retour ne soit plus possible. Cela explique d’ailleurs la hantise du gouvernement égyptien quant aux rassemblements désespérés des Palestiniens à sa frontière.

L’objectif des Israéliens est aussi d’avoir une zone de sécurité au nord. En fait, même si des Palestiniens voudraient remonter vers le nord de Gaza, Israël ne les laisserait pas passer afin d’éviter que le Hamas ne se reconstitue et s’assurer une zone de protection profonde pour protéger le territoire israélien des missiles. Cela signifie aussi que ce territoire déjà étroit pour la population gazaouie est encore réduit, accentuant la pénibilité des conditions de vie dans Gaza.

Il faut également inscrire l’offensive terrestre dont menace Netanyahou dans une stratégie plus large qui va jusqu’à penser le départ des palestiniens de Gaza pour ensuite s’attaquer au déplacement des palestiniens de Cisjordanie. Alors qu’au sein de la société israélienne, on ne voulait plus voir la question palestinienne en face, depuis le traumatisme du 7 octobre, il y a une sorte de consensus: il faut en finir avec ce problème. Par conséquent, malgré la gestion de la crise par Netanyahou, on retrouve cette idée au sein de la population, qu’au moins, il mettra fin à la question palestinienne. Bien qu’il s’agisse d’un leurre, ce dévouement s’explique par la phase traumatique que traverse la population israélienne. Au 5e mois du conflit, cette phase perdure notamment à cause des otages encore présents dans Gaza. Une phase de désillusion sur les stratégies de Netanyahou viendra sûrement puisque finalement il emmène le pays dans une impasse.

 

En Cisjordanie, les colons ont été massivement armés par l’extrême droite et se sentent ainsi libres de faire leur loi. Environ 400 Palestiniens de Cisjordanie ont déjà été tués par l’armée et les colons depuis le 7 octobre. On assiste à un renversement à cause de l’extrême droite du pays avec une rhétorique allant jusqu’à renier l’appartenance aux Palestiniens du territoire de la zone C, élaborée dans le traité d’Oslo comme appartenant au territoire palestinien mais en attente du retrait israélien. Aujourd’hui, des voix s’élèvent pour questionner la légitimité et le droit des Palestiniens à être sur cette terre. Ceux qui sont légitimes sont les Israéliens, et les Palestiniens deviennent une population étrangère qu‘il faut faire partir. C’est dans cette idée que les colons puisent leur légitimité à les expulser. La Jordanie subit d’ailleurs une pression forte de la part de l’extrême droite israélienne qui véhicule l’idée que l’État palestinien n’est autre que la Jordanie en raison de la composition de sa population, à majorité palestinienne, et que de fait, les Palestiniens de Cisjordanie devraient s’y rendre.

La tendance des dernières années était à l’accommodation et à la normalisation des relations entre Israël et les pays de la région. La revendication palestinienne se faisait étouffer et les investissements économiques prévus en Palestine allaient finalement acheter la paix. Aujourd’hui, si certains gazaouis vont demander des comptes au Hamas pour la situation terrible dans laquelle ils se retrouvent, le Hamas a malgré tout remis la question palestinienne sur le devant la scène.

Intervention d’Agnès Levallois, vice-présidente de l’iReMMO

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