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Israël dans le piège de Gaza

La bande de Gaza constitue aujourd’hui un territoire entièrement dévasté. Plus aucun bâtiment ne tient debout : tous les centres de santé ont été détruits, tout le bâti a été anéanti. Les terres agricoles, elles, ne sont plus en mesure d’assurer à la population le minimum vital. Il convient de rappeler qu’avant cette guerre, la bande de Gaza parvenait à cultiver plusieurs produits de première nécessité, garantissant une certaine autonomie. Désormais, l’ensemble des terres a été rendu inutilisable du fait des bombardements. Ce constat mène au point le plus crucial : la population est au bord de la famine. Des enfants meurent de faim. Nous sommes confrontés à une situation véritablement apocalyptique. Les bombardements sont ininterrompus, à tel point que l’on peut légitimement se demander ce qu’il reste encore à frapper, tant le territoire est laminé et privé de toute condition de vie — voire de survie.

Pour Netanyahou, la reconnaissance d’un État palestinien n’a jamais été une option. Il l’affirmait déjà avant le 7 octobre 2023. Sa politique globale a donc toujours visé à rendre les Palestiniens invisibles : par la construction du mur en Cisjordanie, séparant colons israéliens et Palestiniens colonisés, et par l’érection d’une barrière de sécurité autour de la bande de Gaza. Toutefois, à la lumière des attentats du 7 octobre 2023, cette stratégie mérite d’être interrogée. Cette politique d’invisibilisation a conduit à une déshumanisation des Palestiniens aux yeux de la société israélienne. C’est dans ce contexte que le ministre israélien de la Défense a pu qualifier les Palestiniens « d’animaux humains ».

Il demeure essentiel de nommer les réalités. À Gaza, nous faisons face à une épuration ethnique, à des intentions génocidaires, à un futuricide et à un écocide.

Aucune perspective claire ne se dessine dans la stratégie de Netanyahou. À ce jour, la seule ligne directrice israélienne consiste à poursuivre les bombardements, sans qu’un véritable objectif militaire soit identifiable, hormis peut-être celui de libérer les otages ? Netanyahou semble engagé dans une fuite en avant, visant à préserver le soutien de l’extrême droite dont dépend la survie de sa coalition. Parallèlement, il demeure sous la menace de procédures judiciaires, susceptibles de l’affaiblir. La situation actuelle est inédite : un Premier ministre persiste dans une guerre sans objectifs atteignables. Or, tous les otages libérés jusqu’à présent l’ont été par la voie de la négociation, non par les bombardements. La stratégie à court terme de Netanyahou engendre un coût humain inimaginable pour les Palestiniens et rend chaque jour la perspective de sortie de crise toujours plus incertaine.

Il demeure essentiel de nommer les réalités. À Gaza, nous faisons face à une épuration ethnique, à des intentions génocidaires, à un futuricide et à un écocide. Il faudra au moins quinze ans pour simplement déblayer et reconstruire la bande de Gaza. Même les terres agricoles ne sont plus cultivables, avec toutes les conséquences que cela implique. L’objectif semble être de rendre ce territoire invivable. Smotrich, rappelons-le, a même mis en place un service de l’immigration volontaire. Tout est dit : il s’agit de favoriser le départ des Palestiniens. La destruction systématique des universités, des écoles, des cimetières manifeste une volonté claire d’éradication du cœur de la population palestinienne.

La guerre à Gaza constitue un obstacle pour Trump, qui entend mener ses affaires librement. Son objectif est de collaborer avec l’Arabie saoudite. Or, le 7 octobre est venu balayer cette ambition. La population saoudienne est profondément révoltée par la situation à Gaza, ce qui contraint le prince héritier Mohammed ben Salmane à tenir compte de l’opinion publique. Il ne peut ignorer les sentiments de sa population.

Reconnaître un État palestinien constituerait un pas vers la solution à deux États et vers la réouverture d’une voie politique.

Il est fondamental de reconnaître un État palestinien afin de replacer le droit international au cœur du débat. Nous sommes actuellement dans un contexte où seules les considérations sécuritaires dominent. Pour sortir de cette impasse, reconnaître un État palestinien constituerait un pas vers la solution à deux États et vers la réouverture d’une voie politique. Certains États ont déjà procédé à cette reconnaissance, mais les grandes puissances manquent encore à l’appel. L’espoir de Macron est d’entraîner l’Europe dans cette dynamique, afin d’amener la société israélienne à s’emparer de cette question.

Le Hamas fait désormais partie intégrante de la vie politique palestinienne, qu’on le veuille ou non. L’enjeu est donc de fournir des moyens aux acteurs non affiliés au Hamas afin de l’affaiblir. La reconnaissance d’un État palestinien peut contribuer à sortir les Palestiniens de cette situation dramatique.

Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est mettre un terme au massacre. Seuls Trump et les Européens sont en mesure d’intervenir. L’Europe, premier partenaire commercial d’Israël, dispose de leviers à activer.

Par ailleurs, de nombreux Israéliens quittent le pays en raison du contexte actuel. On parle d’un million de départs, chiffre qu’il convient de nuancer : certains sont des binationaux, d’autres des familles souhaitant éviter que leurs enfants accomplissent le service militaire. Il faut donc se demander : qui restera en Israël ? Le risque est que seuls les éléments les plus radicaux, les moins disposés à accepter une solution politique, demeurent.

ÉDITO

ÉDITO

Il n’y a pas de processus de paix à Gaza

La deuxième phase du plan Trump, inséré dans le droit international par la résolution 2803 du Conseil de sécurité du 17 novembre 2025, implique le désarmement du Hamas, un nouveau retrait de l’armée israélienne et l’arrivée d’une Force internationale de stabilisation (FIS). Et, plus tard, « …une fois que l’Autorité palestinienne aura scrupuleusement exécuter son  programme de réformes, les conditions seront alors peut-être réunies pour que s’ouvre un chemin crédible vers… la création d’un État palestinien. » L’idée serait donc d’avancer étape par étape pour aller « peut-être » un jour vers une solution politique. En fait, le scénario qui se met en place sur le terrain dévoile une réalité bien différente.

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LES ANALYSES DE CONFLUENCES

LES ANALYSES DE CONFLUENCES

Pour un « accord de solidarité » entre l’Union européenne et la Tunisie

Jean-François Coustillière, 29 avril 2011
Jean-François Coustillière écrit – L’Union européenne doit imaginer un objectif ou un horizon réellement séduisant qui puisse mobiliser non seulement les décideurs mais aussi les populations en Tunisie. La Tunisie a connu une révolution qui se traduit aujourd’hui par un processus de reconstruction de l’Etat sur de nouvelles bases différentes avec le souci d’améliorer la qualité de la gouvernance et celle de la participation du peuple à la conduite des affaires nationales. D’autres pays du pourtour méditerranéen connaissent des révoltes également motivées, le plus souvent, par la dégradation des conditions de vie des populations, et plus particulièrement un déficit considérable d’offres d’emplois. Ces événements connaissent des développements très différents allant de la guerre civile, comme en Libye, à un raidissement politico-social conservateur, comme en Syrie, ou à l’amorce de modernisation comme en Egypte, voire au Maroc. Seule la Tunisie est engagée dans un véritable processus de reconstruction fondamentale.

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Lettre d’information de l’iReMMO