Home » Dans les médias » Israël-Palestine : retour aux années 1930 ? -par Jean-Paul Chagnollaud, président de l’iReMMO

Israël-Palestine : retour aux années 1930 ? -par Jean-Paul Chagnollaud, président de l’iReMMO

Le conflit israélo-palestinien est séculaire. Il a commencé avec la déclaration Balfour de 1917 et le mandat britannique en 1922. À ce moment-là, le rapport démographique entre Arabes et juifs était de l’ordre de 90 %/10 %. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la communauté juive représentait un tiers du total en raison d’une forte immigration, qui s’était intensifiée à partir du début des années 30.

Les heurts violents entre les deux communautés, qui chacune aspirait à un toit politique, ont commencé très tôt et ont basculé dans des affrontements récurrents, tout particulièrement à partir de 1936.

À la suite de la guerre de juin 1967, la colonisation a commencé dès les premiers mois de l’occupation des territoires palestiniens. Avec l’arrivée du Likoud en 1977, elle s’est considérablement accélérée. Depuis, le rythme de création et de renforcement des colonies a été de plus en plus soutenu.

Résultat : quelques milliers de colons en 1970, près de 700 000 en 2020 pour une population palestinienne d’environ 5 millions d’habitants. Les colons représentent donc 14 % de la population palestinienne des territoires occupés. Et 23 % si on ne compte pas la population de Gaza, où les 8 000 colons qui s’y trouvaient ont été évacués en 2005.

En Cisjordanie, c’est donc un ratio comparable à la situation démographique qui prévalait dans la Palestine mandataire dans les années 30.

Si on élargit la réflexion à l’ensemble du territoire (Israël et les territoires palestiniens occupés), il y a parité démographique entre les deux populations : 7 millions de Palestiniens (dont deux millions de citoyens israéliens) et 7 millions de juifs.

Pour saisir pleinement la portée politique de ces données démographiques, il faut prendre en compte la force du sentiment d’appartenance nationale palestinienne en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Gaza, mais aussi chez les citoyens palestiniens d’Israël.

Cela signifie qu’une fracture profonde est peut-être en train de se creuser en Israël, où la minorité palestinienne subit de multiples discriminations sur les plans politique, économique et social. Discriminations institutionnalisées par la loi sur l’État-nation du peuple juif de 2018, qui fait d’eux, constitutionnellement, des citoyens de seconde zone.

L’affrontement armé de mai 2021 a été un révélateur de cette situation, même s’il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions définitives. Certes, beaucoup de citoyens palestiniens et juifs en Israël aspirent à vivre côte à côte… mais si cette hypothèse se vérifiait, la nature de ce conflit en serait profondément affectée. Les gouvernements israéliens auraient alors à se battre sur deux fronts.

À l’intérieur, s’ils continuent d’ignorer l’effet dévastateur des discriminations que leur politique a produites depuis des années, cette fracture sociétale risque de s’aggraver, avec tout ce que cela implique pour la société israélienne dans son ensemble.

ÉDITO

ÉDITO

LES ANALYSES DE CONFLUENCES

LES ANALYSES DE CONFLUENCES

L’agriculture pour nourrir le futur de la Méditerranée

Sébastien Abis et Pierre Blanc, 15 juillet 2008
Le retour de la question agricole Depuis quelque temps, tout se passe comme si on assistait à une redécouverte de l’agriculture : autrefois perçue par beaucoup comme un secteur appartenant au passé, elle semble aujourd’hui faire l’objet d’une attention croissante de la part des institutions internationales, à l’image de la Banque mondiale qui en fait un impératif de développement, et d’une opinion publique plus que jamais sensible aux enjeux alimentaires et environnementaux. Cette évolution consacre en fait le travail de sensibilisation opéré par les spécialistes qui expliquent régulièrement que l’agriculture est stratégique pour toutes les sociétés, étant donné le lien complexe mais néanmoins direct existant entre la ferme et la fourchette.

Lire la suite »
Lettre d’information de l’iReMMO