Israël : une crise existentielle ?

“Malheureusement, ce n’est qu’un épisode de plus dans cette affaire, parce qu’en réalité, tant qu’on n’aura pas un règlement politique juste et équilibré qui implique l’évacuation des territoires occupés, ce genre d’événement continuera d’avoir lieu. Il y aura toujours, pour une raison ou pour une autre, une violence ou une représaille. On a une attaque israélienne puis des mouvements de violence à Naplouse. Dans un temps indéterminé, on aura exactement le même scénario, ce qui différencie une scène d’une autre est l’ampleur des morts, qui sont souvent des morts palestiniens. 

 

“Le bloc de droite ancien du Likoud dirigé par Benjamin Netanyahu est l’un des partis les plus importants depuis la naissance d’Israël, et c’est un parti qui est à droite et qui penche de plus en plus vers l’extrême-droite. C’est un parti qui ne peut pas avoir à lui seul la majorité, et par conséquent il est essentiel de trouver des alliés : Netanyahu a trouvé ses alliés chez l’extrême droite, chez les suprémacistes juifs pour certains, des racistes, et Ben Gvir et Smotrich en sont l’archétype évident. Ce courant là est assez minoritaire, il ne pèse pas grand chose à la Knesset, il ne représente que moins de 10% des suffrages exprimés au Parlement, sauf que ces quelques sièges sont décisifs pour créer une coalition, et par conséquent, Netanyahu s’allie avec l’extrême droite, ils s’inscrivent dans la ligne idéologique et politique de ceux qui ont assassiné Rabbine en 1995 ou encore Goldstein qui a assassiné 29 musulmans en 1994 dans la mosquée de Hébron. On est donc sur une ligne de radicaux extrêmement violente, au point que l’un d’entre eux, Ben Gvir, a voulu organiser une milice pour pouvoir agir de manière plus efficace dans cette conception suprémaciste. Quand à Smotrich, il a déclaré à Paris récemment que le peuple palestinien n’existe pas, cela veut tout dire. Ces radicaux sont dangereux aussi bien pour les Palestiniens que pour Israël.”

“La société israélienne est une communauté extrêmement fragmentée, et le mode d’élection à la Knesset est proportionnel, donc toutes les fractions de cette société fragmentée se retrouve avec des formations politiques, il faut simplement avoir au niveau national plus de 3,25%, et à partir de là le vote est dans une très grande incertitude puisqu’après il y a des coalitions entre les partis politiques, et donc celle qui s’est construite est relativement faible, elle n’a pas une majorité très établie. Pour se faire, Netanyahu est allé chercher les gens les plus radicaux, et la société israélienne est aujourd’hui très divisée, il y a presque deux Israëls, entre ceux qui tiennent encore à l’État de droit et qui sont attachés à la Cour Suprême, face aux autres qui souhaitent aller vers quelque chose qui relèverait d’une théocratie où les partis religieux ne veulent aucun contrôle d’institutionnalité des lois, où ils pourraient imposer les lois qu’ils veulent sur le plan intérieur et sur leur politique des territoires occupés qui consiste à maîtriser complètement les droits des Palestiniens, à augmenter davantage les colonies en Cisjordanie et d’écraser la question palestinienne par la violence. C’est ça l’idée au cœur de leur projet, et ils sont en position de force pour le faire.”

Je fais la distinction entre Israël et les territoires occupés. En ce qui concerne les territoires occupés, c’est une évidence que nous sommes dans un système d’apartheid, mais cela remonte à très longtemps, les discriminations sont systématiques sur tous les plans.

“Depuis une dizaine d’années, nous sommes dans une situation de discrimination systématique. Il y a des crimes de guerre dans les territoires occupés, et par rapport à la Cour Pénale Internationale, ce serait suffisant pour enclencher cette procédure judiciaire sur cette colonisation. Personne ne peut contester cette colonisation puisque les Israéliens eux-mêmes la revendiquent. Les Israéliens dans leur immense majorité qui combattent le projet de l’actuel gouvernement n’ont que faire de la question palestinienne alors que pourtant les deux sujets sont très liés. Il est évident que ce projet d’avoir les mains libres à l’égard de toute référence juridique permettrait à cette coalition d’accentuer encore la colonisation comme dans les territoires occupés, mais de cela, beaucoup d’Israéliens qui militent dans la rue, qui font leur manifestation, ne sont guère intéressés par la question palestinienne, c’est comme si elle n’existait plus.”

Jean-Paul Chagnollaud,  président de l’iReMMO

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LES ANALYSES DE CONFLUENCES

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Antisionisme, antisémitisme, sortir de l’amalgame

Le 16 juillet 2017, le président de la République française célèbre la 75e commémoration de la rafle du Vel d’Hiv. Pour la première fois, il a invité le Premier ministre israélien. Après avoir démontré la responsabilité du régime de Vichy dans la déportation des juifs, il conclut : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. » Étrange amalgame, puisqu’il confond, dans une même réprobation, un délit – le racisme antijuif – et une opinion qui conteste la pensée de Theodor Herzl.

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