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Le chaos provoqué par Israël et les États-Unis écrase les peuples

La puissance israélo-étatsunienne détruit mais ne construit pas. Les guerres qui ravagent le Moyen Orient nous montrent que la force peut prétendre faire la loi et que l’hégémon ne peut s’affirmer que du haut des ruines qu’il génère.

Domination

La guerre contre l’Iran a été déclenchée par Benyamin Netanyahou et Donald Trump. L’un sait où il va, l’autre n’en a aucune idée ou en change quotidiennement. Pendant plus de vingt ans, Washington a retenu le Premier ministre israélien qui voulait en finir avec le régime islamique, mais cette fois-ci, il a obtenu un feu vert pour mener une guerre totale qui ne se limite pas aux objectifs militaires ni même au renversement du régime islamique, mais vise la population, les infrastructures et les services publics. Pour Israël, un Iran durablement fragilisé est la meilleure garantie de sécurité. Cette guerre est aussi une opportunité pour « liquider » la question palestinienne, alors que Gaza est anéanti et que la Cisjordanie est terrorisée par une répression systémique et une colonisation plus violente que jamais. Au Liban, après l’attaque du Hezbollah, la riposte disproportionnée de l’Etat hébreu et l’occupation du sud- Liban montre qu’au-delà des exigences de sécurité, Israël veut dominer la région et étendre son territoire en s’imposant par défaut comme la seule puissance régionale, avec le soutien américain et l’accord tacite des Européens. Les Etats-Unis n’ont aucun objectif clair sinon une volonté de revanche sur une hégémonie fragilisée. Des négociations avaient pourtant commencé avec une République islamique, affaiblie, qui y était contrainte. Des concessions avaient été faites de part et d’autre sur le nucléaire, la levée des sanctions économiques dans le but d’en finir avec un conflit sans issue initié par la prise en otage des diplomates américains en 1979. Pour les factions radicales iraniennes, comme pour les royalistes et les Israéliens un tel accord était inacceptable. La guerre a été préférée à la diplomatie.

Chaos

La justification de cette guerre illégale par la défense du peuple iranien n’est qu’une cynique manière d’occulter ses véritables buts. Jamais, nulle part, on a changé un régime par des bombardements qui écrasent aussi ceux qu’on prétend libérer. Il n’y a de changements durables que venant de la profondeur des sociétés. A l’inverse, la « décapitation » des élites et la guerre ont eu pour premier effet de renforcer le contrôle des factions les plus radicales sur la société et l’Etat iranien. Les crimes de la République islamique sont connus, mais cela ne saurait justifier l’agression contre un Etat. Le mépris du droit international assumé par Washington et Tel-Aviv ne peut que réjouir les dirigeants des régimes autoritaires. Quelle différence peut-on faire, sur le plan juridique, avec l’agression de Poutine en Ukraine et, peut-être demain, celle de Xi Jinping à Taïwan ? Renoncer au droit international est une régression dangereuse pour tous. Ces guerres touchent moins les régimes politiques que les Etats et surtout les populations. La nécessité de changements politiques profonds en Palestine, au Liban et en Iran ne fait aucun doute, mais elle n’engage ici qu’une stratégie du chaos régionalisé, voire mondialisé bloquant toute possibilité de débat politique, favorisant les replis identitaires, et marginalisant les aspirations légitimes des nouvelles générations. Ce rejet des règles les plus élémentaires de la coexistence entre nations ne peut qu’engendrer des réactions violentes inattendues et plus chaotiques encore. L’humiliation et la détresse des Palestiniens ne pourront que produire une nouvelle génération qui refusera la négation de leur droit à l’autodétermination tandis que les factions radicales du régime islamique ou même les nationalistes iraniens voudront se venger à l’intérieur comme à l’extérieur d’un pays ravagé.

Piège

Dans cette configuration mortifère, les Européens risquent d’être pris au piège de l’engrenage d’une guerre illégale et d’en de subir les innombrables répercussions. Une fois de plus, « l’Union » européenne avance en ordre dispersé et serait bien inspirée de faire pression sur Israël et de se distinguer des Etats-Unis. La France, en assumant ses responsabilités à l’égard de ses alliés dans la région reste sur une posture défensive qui pourrait basculer vers une posture offensive qui serait dramatique autant qu’inefficace. Pour se défendre, l’Iran mène une guerre asymétrique, bloque le détroit d’Ormuz et agresse les pays voisins alliés des Etats-Unis, provoquant une hausse brutale des cours du pétrole qui impacte l’économie mondiale, favorise la Russie de Poutine, affecte la Chine. Il est clair aujourd’hui que les enjeux dépassent largement le Moyen-Orient et pourraient provoquer une décomposition de la région et du monde. Pour l’heure, de Gaza à l’Iran, le chaos provoqué par Israël et les Etats-Unis écrase les peuples et semble consacrer le primat absolu de la force alors qu’il atteste de l’impuissance créatrice des « grandes puissances ».

Bertrand Badie, Professeur émérite des Universités à Sciences Po Paris
Jean-Paul Chagnollaud, Professeur émérite des universités
Bernard Hourcade, Directeur de recherche émérite au CNRS

ÉDITO

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Loi Yadan: «Critiquer le sionisme marque un attachement à la vie et à la paix juste»

La proposition de loi Yadan visant à réprimer «les nouvelles formes d’antisémitisme» sera débattue le jeudi 16 avril 2026 par les députés. L’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme. Comme tout nationalisme, le sionisme, contesté depuis l’origine, y compris par des Juifs, ne peut conduire qu’à des drames.

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Impact des révoltes arabo-méditerranéennes sur les relations euro-méditerranéennes

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Depuis décembre 2010, des soulèvements émergent dans différents pays arabes du pourtour méditerranéen. Généralement motivés par la dégradation des conditions de vie des populations, en liaison avec un déficit considérable d’offres d’emplois, ils connaissent des développements très différents allant de la guerre civile, comme en Libye, à un raidissement politico-social conservateur, comme en Syrie, ou à l’amorce d’une véritable transition démocratique, comme en Tunisie voire en Egypte. Face à cette situation, les décideurs européens habitués à traiter avec des pouvoirs globalement homogènes dans leurs gouvernances autoritaires et corrompues, éprouvent des difficultés à adapter leurs discours et leurs initiatives.

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Lettre d’information de l’iReMMO