Le Liban : autopsie d’un pays en déroute

Le Liban a eu plusieurs séquences, il est né en novembre 1943, en janvier 1944 c’est sa première année d’indépendance. Pendant une vingtaine d’années le Liban partait sur de très bonnes bases, même si on peut faire des analyses critiques, il s’enracinait  dans la région avec une forme assez dynamique. Il est parti au départ en 1943 de ce que l’on appelait le pacte national, entre les maronites et les sunnites. Le Liban est un vrai kaléidoscope en termes de communauté, comme le fut autrefois l’Empire Ottoman, et donc la première chose qui a été pensé par des nationalistes libanais qui avait obtenu l’indépendance. À la du mandat français ils avaient cherché à trouver un modus vivendi de ces communautés à la culture différente. Il y avait donc un grand leader Béchara el-Khoury du côté maronite et Riad al-Solh du côté sunnite. Ils vont être l’un et l’autre au commande de ces premières années, Béchara al-Khoury devient président et Riad al-Solh est donc premier ministre. On a les deux communautés qui se partagent le pouvoir et on oublie dans cette affaire les chiites, on ne parle pas non plus des druzes, mais il y a cette base avec ce pacte national qui est très largement avec une dominante chrétienne maronite à cause de la présidence. La première constitution de 1926, date du mandat français et n’a jamais été révisée. En 1943, il y a bien évidemment une révision constitutionnelle mais on garde la constitution en élevant tout ce qui faisait référence à la France. À ce moment-là le président à des pouvoirs importants, autrement dit il représente le poids des maronites non pas sur le plan démographique mais sur le plan politique, économique et culturel. 

 

Cet équilibre est fondé sur des politiques économiques qui sont très libérales, on pense un Liban fondé sur la banque. Entre 1943 jusqu’au début des années 60, on est dans cette phase dynamique. L’environnement du Liban a ce moment-là est évidemment tendu sauf qu’il n’y a pas de d’atteinte matériel et physique à la souveraineté libanaise. Il y a jusqu’en 1967, une tension avec Israël car le Liban participe à la guerre en 1948 mais il n’y pas d’éléments vraiment dramatiques. Donc cet environnement là n’est pas à ce point catastrophique

La création du Liban dit beaucoup de choses, vous savez qu’il faut partir d’une idée très simple mais énorme dans ses implications. Autour de l’année 1920, on passe d’un système dominé par l’Empire ottoman dans toute la région à un système de mandat et d’empires coloniaux avec les accords Sykes-picot. La France et la Grande-Bretagne en 1916 décident de se partager la région. La France dans ce partage va avoir une zone qui va devenir le Liban et la Syrie et la Grande-Bretagne a la partie sud de cette région qui va devenir plus tard disons l’Irak, la Jordanie et la Palestine et Israël. Dans la partie française, ils vont décider des frontières, ce n’est pas les populations qui vont choisir les délimitations territoriales du nouvel État dans lequel ils veulent vivre leur destin. Ces frontières sont décidées par le Haut commissaire de la France, le Général Gouraud et dessine le grand Liban et des États d’Alep, Damas et des Alouites. Il y a un Mont Liban est un ensemble de montagnes qui dominent la mer et où se retrouvent les communautés essentiellement maronites et druzes. Ce territoire avait jusqu’à la fin du XIXème siècle une autonomie dans l’Empire ottoman, il y a donc toute une histoire très forte avec les massacres des maronites de 1960. Mais en 1920, les maronites veulent aller plus loin et veulent un territoire qui leur permet de véritablement accéder à la mer et d’avoir Beyrouth et d’avoir des terres agricoles (la Plaine de la Bekaa dans le nord), ce qui deviendra le grand Liban. Le passage de ce Mont Liban au Grand Liban que la France entraîne que les minorités maronites qui était majoritaire ne vont plus l’être. Il va donc y avoir des sunnites, des chiites, des druzes et toute la question communautaire surgit à ce moment. 

Si la France accède à toutes ces demandes c’est qu’il y avait une volonté de Clémenceau d’avoir un lien privilégié avec les Chrétiens du Moyen-Orient. La France est perçue comme la “tendre mère” et jusqu’à aujourd’hui on a des relations très fortes. 

 

Il y avait d’autres forces politiques et notamment les forces nationalistes syriennes avec la volonté d’avoir un royaume arabe. Au printemps 1920, il y a eu la création avec Fayçal d’un vaste territoire arabe qui aurait inclus la Syrie, le Liban, la Jordanie mais aussi la Palestine. D’un côté on avait les logiques impériales de la France et de la Grande-Bretagne et de l’autre des aspirations nationalistes du côté de Damas et de Beyrouth.

 Jean-Paul Chagnollaud, président de l’iReMMO

ÉDITO

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LES ANALYSES DE CONFLUENCES

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Pour le peuple syrien

En quelques jours, les attentats sanglants en Turquie et les raids israéliens sur la Syrie sont venus rappeler l’extrême gravité de la tragédie syrienne et les risques de déstabilisation régionale qu’elle comporte. Comme pour ajouter à la confusion, Mme Del Ponte, la magistrate internationale et membre d’une commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie, s’est permise, sans preuves, d’accuser l’opposition d’avoir utilisé des armes chimiques. Venant ainsi mêler sa voix – aussitôt désavouée par l’ONU – à toutes celles qui cherchent à nier la réalité d’une situation dans laquelle un régime est entré en guerre contre son propre peuple. On a, en effet, prétendu bien des choses : que les heurts entre les manifestants et les forces de l’ordre étaient le fait d’éléments infiltrés venus de l’étranger, que l’Observatoire syrien des droits de l’homme publiait systématiquement des informations erronées, que l’opposition était inspirée et instrumentalisée par des Etats hostiles à la Syrie ou qu’elle ne relevait que de la mouvance fondamentaliste sunnite encline aux postures jihadistes et aux alliances avec Al-Qaeda.

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