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Les mots justes pour dénoncer le drame de Gaza

Agnès Levallois affirme d’emblée que les mots sont essentiels pour caractériser ce qui se passe dans la bande de Gaza. Employer les termes justes permet de reconnaître la souffrance des Palestiniens. Nous assistons aujourd’hui à une évolution lexicale dans les médias : des mots autrefois évités comme « massacre » ou « génocide » sont désormais utilisés plus fréquemment, à mesure que l’ampleur des violences devient insoutenable.

Agnès Levallois observe que l’effroi provoqué par les attaques du 7 octobre 2023 a initialement tétanisé les opinions, rendant difficile toute remise en cause de la riposte israélienne. Pourtant, la réaction militaire d’Israël a atteint une ampleur telle qu’elle dépasse le cadre de la légitime défense. Aisni, face aux images de famine, de population affamée et d’enfants mourants, le discours médiatique a dû évoluer.

Levallois rejette le terme de « guerre » pour décrire la situation, arguant qu’il ne reflète pas la réalité : le Hamas n’est pas une armée régulière. Il serait plus approprié de parler d’« attaques » ou de « massacres » de la part de l’armée israélienne. Employer le mot « guerre » induit une fausse symétrie entre deux forces comparables, ce qui n’est pas le cas. Également, il faut revenir sur les bilans humains communiqués depuis Gaza, souvent qualifiés de peu fiables car émis par le ministère de la Santé lié au Hamas. La présidente de l’iReMMO dénonce le cynisme de cette remise en question systématique, rappelant que les chiffres fournis lors des conflits précédents ont toujours été confirmés a posteriori. Elle insiste sur le caractère indécent de ces polémiques arithmétiques : 10 000 ou 50 000 morts, cela reste une tragédie.

Employer les termes justes permet de reconnaître la souffrance des Palestiniens.

Levallois évoque ensuite le terme de « génocide », longtemps difficile à utiliser sans se voir disqualifié. Elle admet avoir elle-même hésité à l’employer, par crainte de détourner l’attention de la réalité du terrain. Mais aujourd’hui, elle considère que les critères juridiques définissant un génocide sont remplis, et que de nombreux experts, ONG, chercheurs – y compris israéliens – l’utilisent. Elle critique la position du président français qui renvoie cette qualification aux historiens, rappelant qu’il s’agit d’un enjeu de droit international, et non d’un débat académique.

Elle s’interroge sur l’image d’Israël comme « îlot de démocratie dans un océan de barbarie », longtemps utilisée pour légitimer sa politique. À ses yeux, cette formule n’est plus tenable, tant au regard des opérations à Gaza qu’en Cisjordanie, où l’armée israélienne poursuit ses interventions. Elle rappelle également que les journalistes étrangers ne peuvent toujours pas entrer à Gaza, ce qui contredit selon elle les standards démocratiques.

Elle souligne que ce glissement sémantique s’est produit en France sous l’effet d’une prise de conscience progressive. La rhétorique de soutien inconditionnel à Israël, nourrie pendant des années, a persisté après le 7 octobre, justifiant toute action entreprise en son nom. Mais les massacres répétés ont fini par fissurer cette ligne, même chez des politiques et analystes auparavant silencieux.

Comment peut-on parler de démocratie israélienne aujourd'hui lorsque l'on voit les pratiques dans la bande de Gaza, mais également les pratiques en Cisjordanie ?

Enfin, Levallois insiste sur la nécessité de recontextualiser les événements. Elle conteste l’idée que tout aurait commencé le 7 octobre, appelant à intégrer l’histoire de l’occupation et du colonialisme dans l’analyse. Elle rappelle qu’il fut un temps où le terme « État colonial » n’était plus utilisé pour désigner Israël, mais qu’il revient aujourd’hui dans le débat. Pour elle, sortir de l’aveuglement et nommer les choses telles qu’elles sont constitue une étape nécessaire, mais l’urgence demeure : arrêter les massacres.

Agnès Levallois, présidente de l’iReMMO.

ÉDITO

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Au-delà de Tahrir : la révolution égyptienne version Alexandrie

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