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Guerre Israël-Hamas: « La possibilité de voir ces négociations aboutir est très, très faible »

Les négociations menées par le directeur de la CIA, les chefs des services de renseignement israéliens, ainsi que des médiateurs qatari et égyptien, mais sans le Hamas, se poursuivent au Qatar. Parmi leurs objectifs, une trêve à Gaza. Pour Washington, celle-ci permettrait d’éviter la riposte que l’Iran promet à Israël. Mais sur le terrain, les tensions agitent le spectre d’une escalade régionale. Les efforts diplomatiques en cours peuvent-ils l’empêcher ? Décryptage.

Une trêve à Gaza dissuaderait l’Iran d’une frappe sur Israël selon Washington. Un pari crédible ?

Il est difficile de répondre dans la mesure où l’on ne sait pas où en sont les réflexions à Téhéran. Mais d’un point de vue global, il me semble que oui : ce pari est jouable, parce qu’il n’est pas dans l’intérêt de Téhéran de remettre en question un cessez-le-feu auquel il aspire depuis longtemps. Le pari, toutefois, n’est pertinent que dans l’hypothèse où il y a vraiment un cessez-le-feu, conformément au cadre dressé par la résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unis du 10 juin. Celle-ci appelait justement à un cessez-le-feu en plusieurs étapes, reprenant le plan proposé par Joe Biden le 31 mai. Plus compliqué à cerner, le deuxième paramètre se trouve à Téhéran : contrairement à ce que l’on croit, il n’y a pas une direction iranienne qui irait dans un sens unique, sans contradiction.

Il existe au contraire des archipels de pouvoirs dans lesquels se trouve désormais le nouveau président Masoud Pezeshkian qui a été élu sur des bases nouvelles par rapport à son prédécesseur, Ebrahim Raïsi. Ce nouveau dirigeant, autant qu’on puisse le savoir, est plutôt partant pour éviter la guerre, et essayer d’obtenir une victoire politique. Celle-ci pourrait se concrétiser, par exemple, par le vote d’une résolution du Conseil de sécurité condamnant ce qui s’est passé le 31 juillet. 

Un ensemble d’indices me fait donc penser que oui, le pari américain est jouable. Même si la possibilité de voir ces négociations aboutir, évidemment, est très, très faible.

 

Quel est l’obstacle numéro un sur lequel achoppent les actuelles discussions ?

Rappelons le contenu de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies du 10 juin, qui est indissociable du plan Biden (proposé le 31 mai par le président américain, ce plan est le socle des actuelles négociations, NDLR).  La première étape du texte onusien prévoit d’abord le retrait des troupes israéliennes des zones peuplées. Dans la seconde, l’armée israélienne se retirerait totalement du territoire.  Même s’il voudrait certes accélérer les choses, en obtenant un retrait plus rapide, le Hamas est sur cette même position.

Mais Benjamin Netanyahu, lui, est vent debout contre une telle idée : le Premier ministre israélien veut pouvoir rester à Gaza tout le temps. En fait, il est pour une sorte de guerre sans fin, que cette situation perdure sous des formes un peu différentes, mais où des forces israéliennes pourraient intervenir à n’importe quel moment, soit de Gaza même, soit tout près de Gaza.  C’est là un point de désaccord fondamental.

Or, il se trouve que les Américains ont voté cette résolution, et que les autres capitales occidentales y sont favorables. Les Russes se sont abstenus, et sont ainsi plutôt pour.Benjamin Netanyahu fait donc face à une vraie contradiction internationale. La question, de fait, est la suivante : les Américains vont-ils peser suffisamment ? Iront-ils au bout d’une logique qui obligerait Netanyahu à enfin accepter une trêve et un cessez-le-feu sur la base de ce texte ?

 

Les États-Unis, actifs sur le front diplomatique, pourvoient aussi Tsahal en armes et munitions. Représentent-ils des médiateurs crédibles ?

Ils sont crédibles s’ils s’en tiennent vraiment à la mise en place du plan qu’ils ont proposé, et qui est le seul réalisable. Certes, il est évident que dès lors que la sécurité d’Israël est en jeu, les États-Unis sont les soutiens inconditionnels de l’État d’Israël. Mais on peut raisonner par dialectique : les soutiens inconditionnels d’Israël pourraient aussi convaincre ce dernier que la vraie chance pour eux, c’est un cessez-le-feu, et non une guerre. C’est un argumentaire fort, car je crois que si Israël continue sur la voie actuelle, il va se terrer dans une impasse stratégique absolue.

Et c’est peut-être aussi ce que les Américains vont leur dire. Même si je reste extrêmement sceptique sur la possibilité d’arriver à dépasser toutes ces contradictions, c’est bien ici que réside une petite chance.

Jean-Paul Chagnollaud, président de l’iReMMO.

ÉDITO

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Il n’y a pas de processus de paix à Gaza

La deuxième phase du plan Trump, inséré dans le droit international par la résolution 2803 du Conseil de sécurité du 17 novembre 2025, implique le désarmement du Hamas, un nouveau retrait de l’armée israélienne et l’arrivée d’une Force internationale de stabilisation (FIS). Et, plus tard, « …une fois que l’Autorité palestinienne aura scrupuleusement exécuter son  programme de réformes, les conditions seront alors peut-être réunies pour que s’ouvre un chemin crédible vers… la création d’un État palestinien. » L’idée serait donc d’avancer étape par étape pour aller « peut-être » un jour vers une solution politique. En fait, le scénario qui se met en place sur le terrain dévoile une réalité bien différente.

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Un Etat pour deux peuples ? une « stratégie » de renoncement

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Contribution du débat sur la Palestine dans la Croix du 19 novembre 2010 Encore quelques années et cela fera près d’un siècle que les Palestiniens sont en quête d’un Etat… Dans les années 1920, au début du mandat britannique, leur lutte se focalise sur une revendication forte et cohérente : un Etat sur toute la Palestine. Malgré la prégnance de l’arabisme alors dominant, cette lutte s’affirme de manière singulière d’autant plus qu’elle se nourrit de la confrontation avec le mouvement sioniste qui lui aussi veut un Etat sur cette terre. Mais cela ne dure pas. Au lendemain de la grande révolte de 1936, à la fois apogée et crépuscule de cette quête nationaliste, la question de Palestine devient une question arabe.

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