Cet article analyse et informe sur la crise des déplacements forcés en Asie du Sud-Ouest, dans la région s’étendant du golfe Persique à la Méditerranée orientale. Les frappes militaires américano-israéliennes du 28 février 2026, menées dans le cadre de l’opération « Epic Fury », incluant l’élimination de dirigeants et les attaques sur des sites nucléaires et balistiques, ont provoqué des représailles immédiates, une instabilité régionale et des conséquences humanitaires majeures. En s’appuyant sur les rapports du HCR, de l’OIM et de l’OMS, cet article situe les déplacements récents dans le cadre du conflit impliquant l’Iran, Israël et les interventions américaines, tout en les replaçant dans le contexte humanitaire plus large de la région.
Les déplacements forcés restent un défi humanitaire urgent en Asie du Sud-Ouest, qui englobe la Méditerranée orientale et le golfe Persique. Cette région connaît des zones de conflit qui se chevauchent et entraînent des mouvements de population répétés, exerçant une pression considérable sur les systèmes humanitaires. Au cours des deux dernières décennies, l’instabilité politique, les conflits armés et les crises économiques ont généré des vagues de déplacements récurrentes. L’escalade des hostilités au début de l’année 2026, en particulier les frappes américano-israéliennes contre l’Iran dans le cadre de l’opération « Epic Fury » et les représailles qui ont suivi, a intensifié ces mouvements, créant de nouvelles pressions humanitaires dans toute la région (Yacoubian, Center for Preventive Action, 2026).
Même avant cette escalade, des millions de personnes en Asie du Sud-Ouest vivaient en tant que réfugiés ou personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDI) en raison des conflits en Syrie, en Irak, au Yémen et en Palestine. Fin 2025, près de 25 millions de personnes dans les pays touchés avaient été déplacées ou tentaient de retourner dans leurs foyers fragiles (HCR, 2026), tandis que plus de 19 millions étaient déplacées à l’intérieur de leur propre pays en raison de violences, de catastrophes ou de l’effondrement économique (OIM, 2026).
Le conflit de 2026 a provoqué des déplacements massifs et en rapide évolution à travers l’Asie du Sud-Ouest. Dix jours seulement après le début des hostilités, les agences onusiennes faisaient état de déplacements considérables dans l’ensemble de la région, accompagnés d’une flambée des prix alimentaires et énergétiques menaçant d’aggraver la situation des populations les plus vulnérables (UN News, 2026). Bien que les mouvements restent majoritairement internes aux pays touchés, des flux transfrontaliers commencent à apparaître, suscitant des inquiétudes quant à l’instabilité régionale (HCR, 2026). Cet article examine l’évolution de la crise des déplacements en Asie du Sud-Ouest en analysant les schémas de déplacement immédiats et les impacts humanitaires sur les systèmes de santé et les infrastructures.
Le déclenchement des hostilités au début de l’année 2026 a provoqué des déplacements massifs à travers l’Asie du Sud-Ouest. Les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, menées dans le cadre de leur opération « Epic Fury », ont visé des infrastructures nucléaires et militaires, et ont notamment entraîné l’assassinat du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ce qui a immédiatement provoqué des représailles iraniennes contre des cibles en Israël et dans l’ensemble des États du Golfe hébergeant des bases américaines — notamment Bahreïn, Koweït, Qatar, Émirats arabes unis, Oman, Arabie saoudite, ainsi qu’en Irak et en Jordanie (Yacoubian, 2026 ; UAE Ministry of Foreign Affairs, 2026)
En Iran, les attaques contre les infrastructures urbaines et les zones civiles ont entraîné des évacuations à grande échelle. Selon les premières estimations, environ 100 000 habitants ont fui Téhéran au cours des premiers jours de la crise, et ce nombre a continué d’augmenter à mesure que les hostilités s’intensifiaient. Malgré ces mouvements internes, les agences humanitaires font état d’un flux limité de réfugiés transfrontaliers en provenance d’Iran, ce qui suggère que la plupart des personnes déplacées restent dans le pays (HCR, 2026). Cette situation s’explique en partie par la fermeture de l’ensemble des postes frontaliers iraniens, à l’exception du poste de Sarakhs, situé au nord-est de l’Iran à la frontière turkmène, réservé à l’évacuation des diplomates et ressortissants étrangers (U.S. Virtual Embassy Iran, 2026). Dans ce contexte, le HCR, qui constitue la plus grande agence onusienne présente en Iran, joue un rôle opérationnel central : ses centres d’accueil et lignes d’assistance reçoivent plus de 250 appels par jour de réfugiés cherchant protection et orientation, témoignant de l’ampleur des besoins humanitaires sur le territoire iranien (HCR, 2026).
Au Liban, les déplacements ont atteint une ampleur critique en l’espace d’une semaine. Dès le 2 mars, les avertissements d’évacuation israéliens adressés aux résidents de plus de 53 villages et zones densément peuplées, combinés à des frappes aériennes intensifiées, ont contraint des familles entières à fuir en quelques minutes (HCR, 2026). Au 10 mars, plus de 667 000 personnes s’étaient enregistrées sur la plateforme de déplacement du gouvernement libanais — soit une augmentation de plus de 100 000 en une seule journée —, dont environ 120 000 hébergées dans des sites collectifs désignés par les autorités (HCR, 2026). Parmi eux, beaucoup avaient déjà été déplacés lors des hostilités de 2024, fuyant à nouveau avec presque rien, illustrant la dimension traumatique et répétée des déplacements dans la région. La situation est également marquée par d’importants mouvements transfrontaliers : plus de 78 000 Syriens et 7 700 Libanais ont traversé la frontière vers la Syrie depuis le début de l’escalade, parmi lesquels des réfugiés syriens qui projetaient de rentrer dans les prochains mois et ont précipité leur retour en raison du conflit (HCR, 2026). Ces flux illustrent les schémas migratoires cycliques et secondaires caractéristiques de la région. Face à cette situation, le HCR a déjà distribué environ 168 000 articles d’urgence à plus de 63 000 personnes déplacées, mais son opération au Liban n’est actuellement financée qu’à 14%, soulignant l’urgence d’une mobilisation internationale rapide et soutenue (HCR, 2026).
Au-delà de l’Asie du Sud-Ouest, l’instabilité qui y règne a provoqué des déplacements le long de la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan. Environ 115 000 personnes ont fui leur foyer en Afghanistan, et plusieurs milliers ont été déplacées au Pakistan, ce qui souligne l’interdépendance des conflits régionaux et le risque d’un impact humanitaire généralisé (HCR, 2026).
Les conséquences humanitaires des déplacements dépassent largement le simple déplacement des populations. Cette dernière escalade du conflit a également exercé une pression considérable sur les systèmes de santé et les infrastructures essentielles.
Les établissements de santé ont été directement touchés par les violences. L’OMS a officiellement vérifié 13 attaques contre des infrastructures de santé en Iran et une au Liban, faisant au moins 3 morts parmi le personnel médical et blessant 25 autres agents de santé (OMS, 2026). Quatre ambulances ont également été touchées et un hôpital de Téhéran a dû être évacué à la suite de frappes à proximité. En outre, les ordres d’évacuation dans certaines parties du Liban ont contraint à la fermeture de 43 centres de soins de santé primaires et de deux hôpitaux situés dans des zones touchées par des frappes aériennes (OMS, 2026). Ces attaques touchent de manière disproportionnée les populations les plus vulnérables, notamment les enfants : environ 180 enfants ont été tués depuis le début du conflit, dont 168 filles agréées de 7 à 12 ans lors d’une frappe sur l’école primaire Shajareh Tayyebeh à Minab, dans le sud de l’Iran (UNICEF, 2026).
Les perturbations maritimes et aériennes ont aggravé les défis humanitaires. La fermeture du détroit d’Ormuz et les dommages causés aux aéroports du Golfe, notamment à Dubaï, Abu Dhabi et Doha, ont retardé les aides humanitaires, affectant les fournitures essentielles telles que les équipements médicaux, les matériaux de construction d’abris et la nourriture (UN News, 2026 ; Yacoubian, 2026). Le hub logistique mondial de l’OMS à Dubaï, qui traite normalement plus de 500 commandes d’urgence pour 75 pays à travers le monde, est temporairement à l’arrêt, bloquant l’accès à 18 millions de dollars de fournitures médicales humanitaires, tandis que 8 millions de dollars supplémentaires de livraisons ne peuvent pas atteindre le hub (OMS, 2026).
Ces perturbations sont particulièrement préoccupantes dans le contexte de déplacements massifs de population. Les populations déplacées vivent souvent dans des abris surpeuplés ou des logements temporaires où l’accès à l’assainissement et aux soins médicaux est limité. Ces conditions augmentent le risque d’épidémies de maladies infectieuses et exacerbent les problèmes de santé existants parmi les populations vulnérables.La crise des déplacements pose également des défis importants pour la logistique humanitaire. L’un des développements les plus critiques a été la perturbation des routes commerciales maritimes passant par le détroit d’Ormuz, une voie navigable stratégique par laquelle transite une grande partie du pétrole et des marchandises commerciales mondiales. Le ralentissement du trafic maritime dans ce corridor a retardé les livraisons humanitaires destinées à plusieurs zones de crise, notamment Gaza et le Soudan (United Nations News, 2026).
Les conséquences économiques compliquent encore la situation. De nombreux pays de la région connaissent déjà de graves difficultés économiques, notamment l’instabilité monétaire, le chômage et la hausse des prix des denrées alimentaires. L’arrivée d’un grand nombre de personnes déplacées exerce une pression supplémentaire sur le marché du logement, les infrastructures et les services publics. Au Liban, où l’économie est en crise depuis plusieurs années, le déplacement de dizaines de milliers de personnes représente un défi important pour les autorités nationales et les organisations humanitaires.
Le conflit de 2026 en Asie du Sud-Ouest a déclenché une crise de déplacement qui s’est rapidement propagée, déracinant des centaines de milliers de civils en Iran, au Liban et dans les régions voisines. Face à cette situation, le HCR a officiellement déclaré cette crise comme une urgence humanitaire majeure (HCR, 2026), une désignation exceptionnelle qui témoigne de l’ampleur sans précédent des besoins générés en quelques jours seulement.
Au-delà de la fuite immédiate devant la violence, les attaques contre les établissements de santé, les interruptions des chaînes d’approvisionnement humanitaire et l’aggravation de l’instabilité économique ont aggravé la vulnérabilité des populations déplacées et des communautés d’accueil. Si la déclaration d’urgence ouvre formellement la voie à des financements exceptionnels et à une coordination renforcée entre agences onusiennes, l’expérience des crises précédentes dans la région — notamment en Syrie et au Yémen — rappelle que la reconnaissance formelle ne suffit pas à garantir une réponse à la hauteur des besoins réels.
Pourtant, pendant que les négociations géopolitiques, les analyses militaires et les débats sur les marchés pétroliers et les échanges commerciaux occupent le devant de la scène médiatique et politique, une autre réalité se joue dans l’ombre ; celle de centaines de milliers de personnes contraintes de fuir leurs foyers en quelques minutes, de familles séparées, de blessés sans accès aux soins, d’hôpitaux bombardés et de morts qui ne font pas la une des journaux. La vie de ces personnes, leur santé physique et mentale, leur dignité, mais avant tout leur survie est rarement au centre des débats qui décident pourtant de leur sort. Cet article a cherché à replacer ces existences au cœur de l’analyse, là où elles auraient toujours dû se trouver.
Cette crise met en évidence la fragilité interdépendante de la région : les déplacements dans un pays ont des répercussions au-delà des frontières, affectant la cohésion sociale, les infrastructures et la stabilité régionale. Pour relever ces défis, une réponse internationale coordonnée allant au-delà des secours d’urgence est nécessaire. Il est essentiel de protéger les civils, d’assurer leur sécurité, de renforcer les capacités des communautés d’accueil et de consolider les systèmes humanitaires régionaux afin d’éviter que la situation ne s’aggrave davantage. Sans une volonté politique et un engagement financier soutenus de la part de la communauté internationale, l’Asie du Sud-Ouest risque d’entrer dans un nouveau cycle prolongé de déplacements, dont les répercussions s’étendraient bien au-delà de la région.
Dans ce contexte déjà fragile, l’élection de Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême de l’Iran pourrait avoir des conséquences importantes sur la stabilité intérieure et régionale, alors que des tensions sociales et politiques s’accentuent à Téhéran et au-delà.
Adam Rachid
Notes
[1] Center for Preventive Action (Council on Foreign Relations). (2026, March 2). Iran’s War With Israel and the United States. https://www.cfr.org/global-conflict-tracker/conflict/confrontation-between-united-states-and-iran
[2] Picard, J. (2026, 9 mars). Mort à Mojtaba ! : des slogans anti-Khamenei résonnent à Téhéran après l’élection du guide suprême. Le Figaro. https://www.lefigaro.fr/international/mort-a-mojtaba-des-slogans-anti-khamenei-resonnent-a-teheran-apres-l-election-du-guide-supreme-20260309
[3] Slemrod, A., & Latifi, A. M. (2026, March 5). The escalating humanitarian impacts of the US-Israeli war on Iran. The New Humanitarian. https://www.thenewhumanitarian.org/analysis/2026/03/05/escalating-humanitarian-impacts-us-israeli-war-iran
[4] UAE Ministry of Foreign Affairs. (2026, 2 mars). Joint Statement Condemning Iran’s Missile and Drone Attacks. https://www.mofa.gov.ae/en/MediaHub/News/2026/3/2/UAE-Iran-Attacks
[5] (2026, mars). Statement on child casualties in Iran. https://www.unicef.org/fr/communiques-de-presse/la-brutalite-de-la-guerre-se-mesure-en-vies-denfants-perdues-alors-que-les-hostilites-sintensifient-en-Iran
[6] United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR). (2026a, March 5). Over 330,000 displaced by recent hostilities in the Middle East and beyond. https://www.unhcr.org/news/press-releases/unhcr-over-330-000-displaced-recent-hostilities-middle-east-and-beyond
[7] United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR). (2026b, March 5). UNHCR mobilizing across region as Middle East crisis escalates. https://www.unhcr.org/us/news/briefing-notes/unhcr-mobilizing-across-region-middle-east-crisis-escalates
[8] United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR). (2026c, March 6). UNHCR responds to rising displacement in Middle East emergency. https://www.unhcr.org/news/briefing-notes/unhcr-responds-rising-displacement-middle-east-emergency
[9] United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR). (2026d, March 10). UNHCR: almost 700,000 displaced in a week across Lebanon as crisis deepens. https://www.unhcr.org/news/briefing-notes/unhcr-almost-700-000-displaced-week-across-lebanon-crisis-deepens
[10] UN News. (2026, 9 mars). Nearly 700,000 displaced in Lebanon as Middle East crisis escalates. https://news.un.org/en/story/2026/03/1167098
[11] S. Virtual Embassy Iran. (2026, 4 mars). Iran Security Alert – Update 3: Shelter-In-Place and Departure Options. U.S. Department of State. https://ir.usembassy.gov/iran-security-alert-update-3-shelter-in-place-and-departure-options-march-4-2026/
[12] World Health Organization (WHO). (2026, March 5). Health impact of the escalation of conflict in the Middle East. https://www.who.int/news-room/feature-stories/detail/health-impact-of-the-escalation-of-conflict-in-the-middle-east
[13] Yacoubian, M. (2026, March 1). The Regional Reverberations of the U.S. and Israeli Strikes on Iran. Center for Strategic and International Studies (CSIS). https://www.csis.org/analysis/regPional-reverberations-us-and-israeli-strikes-iran
