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Pourquoi Netanyahu a (presque) gagné

5 mars 2020

Les cinq raisons d’un sursaut

[Tribune] Tout aurait dû conduire à une défaite retentissante de Benyamin Netanyahou : l’usure d’un Premier ministre au pouvoir depuis treize ans, sa triple inculpation pour corruption, fraude et abus de confiance, son incapacité à trouver un modus vivendi avec les Palestiniens, sa politique néolibérale créatrice de pauvreté et d’inégalités…

Et pourtant, contre toute attente, le chef du Likoud est arrivé en tête, le 2 mars, du dernier scrutin anticipé que sa seule obstination avait provoqué : au dernier décompte, il ne lui manque que trois sièges pour disposer de la majorité de 61 sièges nécessaire à sa réélection comme Premier ministre. Pourquoi ?

La première raison tient évidemment à la lassitude de l’électorat, contraint à voter pour la troisième fois afin de sortir le pays d’une impasse politique de plus d’un an, dont on ne mesure pas ici les conséquences économiques et sociales – à commencer par le ralentissement de la croissance et l’augmentation du déficit budgétaire. Qui va en faire les frais ?

La deuxième raison réside bien sûr dans la supériorité indiscutable de la campagne menée par « Bibi » par rapport à celle de ses adversaires juifs. Netanyahou est un animal politique sans scrupule, prêt à tout pour l’emporter : il a littéralement « hystérisé » la bataille, n’hésitant ni à bombarder la Syrie et l’Irak comme la bande de Gaza, ni à présenter les Arabes comme des tueurs prêts à « exterminer » les Juifs israéliens, ni à s’allier avec des dirigeants populistes étrangers, négationnistes, voire antisémites. Il a même réussi à transformer son inculpation en atout, car résultat, selon lui, d’un soi-disant « complot » de la gauche.

Mais la troisième raison est sans doute la plus importante : il s’agit du cadeau que lui a offert Donald Trump avec son « deal du siècle ». Le président états-unien considérait visiblement la réélection de Benyamin Netanyahou comme une condition de la sienne. Après Jérusalem-Est et le Golan, il a donc donné à son allié la moitié de la Cisjordanie – la Vallée du Jourdain et les colonies, y compris les « avant-postes » –, plus la possibilité de transférer administrativement les 400 000 Palestiniens du Triangle. Autrement dit, comme disait Arthur Koestler à propos de la Déclaration Balfour, « une nation a solennellement promis à une deuxième le territoire d’une troisième ». Rien moins que cela, en effet : le plan Netanyahou-Trump, ce pourrait être la victoire définitive d’Israël, via l’enterrement de la question de Palestine au terme d’un viol sauvage du droit international et d’une marginalisation de l’Organisation des Nations unies (ONU).

Face à ce Premier ministre en passe de réaliser les rêves de toujours de la droite et de l’extrême droite israéliennes, pas un seul de ses concurrents –à la seule exception de la Liste dite arabe, bien qu’elle comporte le Parti communiste judéo-arabe et attire de plus en plus d’électeurs juifs – ne proposait une alternative globale. Ni le leader Bleu Blanc, qui répliqua aux promesses d’annexion de Netanyahou en l’accusant de lui « voler son programme », et, logiquement, alla jusqu’à endosser le plan Trump. Ni la gauche sioniste, qui a abandonné jusqu’à la perspective des deux États (1). Ni même Avigdor Liberman, qui ne se différenciait du Likoud et de ses alliés que par un discours antireligieux. Rien là de quoi mobiliser l’électorat populaire.

Reste une cinquième raison, plus fondamentale encore. Dans la droite ligne de son maître Menahem Begin, Benyamin Netanyahou a réussi à associer la majorité des Juifs pauvres à une politique au service des Juifs riches. Il en va ainsi, dira-t-on, de la plupart des populistes parvenus au pouvoir dans la dernière décennie. Sauf qu’en Israël, cette alliance de classes se double d’une mobilisation des Orientaux contre les Ashkénazes. Le vote des premiers pour le Likoud et, plus généralement, pour l’extrême droite continue d’exprimer la haine des Juifs arabes pour le Parti travailliste qui les a, des décennies durant, discriminés et humiliés.

Tout cela explique le véritable renversement qui s’est produit sur la longue période: les Travaillistes et le Meretz ont obtenu 7 sièges, contre 24 en 2015 et… 65 en 1949 ! Le bloc droite-ultraorthodoxes, lui, a décroché 58 sièges, contre 61 en 2015 et… 14 en 1949.

Bref, c’est bien pour des raisons structurelles autant que conjoncturelles que les élections du 2 mars 2020 entreront sans doute dans l’histoire du conflit israélo-palestinien comme celles d’un feu vert donné par les Israéliens à une fuite en avant annexionniste sans précédent.

Dominique Vidal.

ÉDITO

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Annulation du colloque « La Palestine et l’Europe »: une « grave atteinte aux libertés académiques »

10 novembre 2025

Un important colloque «La Palestine et l’Europe: poids du passé et dynamiques contemporaines» devait avoir lieu au Collège de France en collaboration avec le Carep. Sur pression du ministre de l’enseignement supérieur, répondant à des injonctions de la Licra, l’administrateur du Collège s’est vu dans l’obligation  de l’annuler. L’iReMMO dénonce une telle décision qui porte gravement atteinte aux libertés académiques les plus fondamentales.

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LES ANALYSES DE CONFLUENCES

LES ANALYSES DE CONFLUENCES

Il faut aller en Tunisie : notes d’un tour dans l’Extrême-Sud (juillet 2011)

François Pouillon, 27 août 2011
Invité en Tunisie pour participer à une école doctorale organisée par un laboratoire de sciences sociales de l’université de Tunis (Diraset), j’en ai saisi l’occasion pour faire, avec de jeunes collègues, un tour dans le Sud-Est, une région que je connaissais assez bien pour y avoir enquêté dans les années 1970. J’en ai rapporté ces impressions de voyage. Encore une fois, ce voyage a été précédé de nouvelles alarmistes . Mes amis de Tunis m’engagent à la prudence : des classes dangereuses aux coupeurs de route, il n’y a qu’un pas, et on signale des poches d’insécurité dans la région de Sidi Bou Zid, épicentre de la révolution démocratique. D’autres vont commenter : il semble que cela arrangerait bien le gouvernement provisoire, en facilitant un regroupement grégaire autour de la ligne qu’il incarne. Je ne suis pourtant pas descendu au Sud par cette route des steppes : pour aller au Sud-Est, mon objectif, la nouvelle autoroute de la côte nous conduit en quelques heures à Gabès.

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Lettre d’information de l’iReMMO