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Iran-Israël : la guerre inévitable ?

Une République islamique affaiblie et en quête de survie

L’Iran, fragilisé par des contestations internes persistantes depuis deux ans, se trouve dans une position vulnérable. La République islamique, consciente du danger que représente une guerre directe avec Israël, sait qu’une telle confrontation pourrait la déstabiliser durablement. Deux courants s’opposent au sein de l’appareil d’État iranien : d’une part, les Gardiens de la Révolution, fervents défenseurs d’une ligne guerrière, et d’autre part, le nouveau président, qui plaide pour une réouverture du dialogue avec les États-Unis afin de lever les sanctions internationales qui pèsent lourdement sur l’économie iranienne et de répondre aux attentes de la population.

L’hégémonie militaire israélienne et la stratégie de la force

Dans le contexte actuel, la position d’Israël, et notamment celle de son ministre de la Défense Gallant, s’inscrit dans une logique de force. Israël dispose d’un net avantage stratégique et militaire, comme en témoigne la destruction massive de Gaza et les frappes continuent sur le Liban. Ce rapport de force, renforcé par le soutien américain, alimente la volonté israélienne de poursuivre cette escalade militaire. L’objectif sous-jacent semble être de déstabiliser l’Iran, considéré comme la menace ultime.

Instrumentalisation de la cause palestinienne

Historiquement, l’Iran a d’abord pris ses distances avec l’OLP d’Arafat, considéré comme un mouvement laïque incompatible avec l’idéologie religieuse de la République islamique. Toutefois, l’Iran a progressivement instrumentalisé la cause palestinienne, en particulier après que les pays arabes ont commencé à s’en désintéresser. Ce retrait a offert à Téhéran l’opportunité de se positionner en soutien du Hamas, à qui il fournit une aide financière, tout en se posant en défenseur de la cause palestinienne.

Création d’un État palestinien : seule issue pour une paix durable

Le conflit israélo-palestinien, qui dure depuis des décennies, est perçu comme la matrice des crises au Moyen-Orient. Penser que la sécurité d’Israël peut être assurée par la force, sans résoudre la question palestinienne, relève d’une illusion. Une paix durable ne pourra être atteinte qu’à travers la reconnaissance de la souveraineté palestinienne et la création d’un État palestinien, condition indispensable pour garantir la sécurité tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens. De plus, la rhétorique actuelle, notamment celle de Netanyahou, tend à déshumaniser les Palestiniens, alimentant ainsi les tensions et les ressentiments.

Washington-Téhéran : un équilibre instable

Pour les États-Unis, l’affaiblissement du Hamas et du Hezbollah correspondent à leur vision d’un Moyen-Orient pacifié, où ces acteurs déstabilisants seraient réduits à l’impuissance. Cependant, la politique américaine à l’égard de l’Iran connaît des fluctuations importantes. L’accord sur le nucléaire signé sous Obama, et respecté par l’Iran, offre un cadre de stabilité, mais sa dénonciation par Trump a ravivé les tensions. Cette décision a renforcé le sentiment d’isolement de Téhéran, tout en alimentant la perception, tant en Israël qu’aux États-Unis, que l’Iran demeure une menace régionale à contenir. L’Iran, de son côté, revendique le droit de jouer un rôle de premier plan dans la région, en raison de son histoire et de son influence géopolitique. Le rapprochement en mars 2023 entre l’Iran et l’Arabie saoudite témoignerait d’ailleurs de la volonté de Téhéran d’être reconnu comme un acteur clé du Moyen-Orient. La stabilité dans le Golfe Persique ne peut être envisagée sans une entente entre ces deux puissances régionales.

Vers une guerre Iran-Israël ?

Le risque d’une confrontation directe entre l’Iran et Israël est bien réel. Netanyahou, en multipliant les provocations, semble chercher à attirer l’Iran dans une guerre qu’il estime pouvoir remporter. La supériorité militaire israélienne, soutenue par les États-Unis, dépasse largement les capacités de l’Iran, qui dispose certes d’un pouvoir de nuisance mais reste militairement inférieur. Cependant, le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, a récemment indiqué que le Hamas et le Hezbollah étaient suffisamment armés pour se défendre seuls. En conclusion, l’Iran, pris entre des aspirations de reconnaissance régionale et des pressions internationales, navigue dans un équilibre précaire. De son côté, Israël semble déterminé à maintenir une posture de force, sans pour autant envisager de solution durable à la question palestinienne.

Agnès Levallois, vice-président de l’iReMMO.

ÉDITO

ÉDITO

L’Iran face à ses crises: anatomie d’une rupture entre l’État et la société

Depuis le 28 décembre 2025, l’Iran connaît une vague de contestation d’une ampleur et d’une intensité inédites. La révolte contre la vie chère a été, dès ses débuts, un soulèvement contre le pouvoir. Sous des mots d’ordre économiques se lisait déjà une contestation politique, tant la dégradation du quotidien est perçue comme le produit direct des choix du régime. La valeur du rial face au dollar dépend largement de l’état des relations avec les États-Unis, et donc des orientations stratégiques de la République islamique. Dès les premières heures, la mobilisation a dépassé la question du coût de la vie pour viser plus frontalement le régime lui-même.

Par Clément Therme, historien des relations internationales et membre du Comité de rédaction de Confluences Méditerranée

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LES ANALYSES DE CONFLUENCES

LES ANALYSES DE CONFLUENCES

آخر أوراق القذافي // La dernière des cartes de Kaddhafi

Haoues Seniguer, 5 آذار (مارس) 2011
Mouammar Kaddhafi pensait que le recours à la force suffirait à renforcer son assise en Libye. De même, il pensait que cette stratégie du plus fort court-circuiterait toute possibilité d’action pour des pays occidentaux en besoin de pétrole. Or, les faits en sont allés autrement. Ainsi, plutôt que de lutter pour son maintien en poste et son renforcement, Kaddhafi essaie maintenant de contrer tout effondrement supplémentaire de ses bases traditionnelles. Sa priorité paraît maintenant passer par la sauvegarde (même symbolique) de Tripoli ; mais même cet objectif paraît voué à l’échec. Tripoli ne lui est en effet pas acquise; des segments larges de la population s’opposent à lui; quant aux tribus et relais sur lesquels il peut encore compter, ils sont trop peu nombreux et trop peu structurés pour lui assurer une pérennité.

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Lettre d’information de l’iReMMO