Depuis fin décembre, un vaste mouvement de contestation secoue l’Iran. Sa répression, d’une ampleur inédite, aurait fait plus de 3000 morts, selon certaines estimations. Pour les autorités iraniennes, ces soulèvements seraient le résultat d’ingérences étrangères, notamment des États-Unis et d’Israël, mais cette interprétation peut être largement remise en cause, la mobilisation étant avant tout portée par une partie de la population iranienne elle-même.
Fait notable par rapport aux contestations précédentes, le mouvement est parti des commerçants, pourtant proches du pouvoir. L’effondrement de la monnaie a rendu la situation intenable pour eux, avant que d’autres franges de la population ne rejoignent la mobilisation. En 1978, les contestations qui avaient conduit à la chute du Shah d’Iran étaient, elles aussi, parties des commerçants.
Ces manifestations s’inscrivent également dans la continuité du mouvement « Femme, vie, liberté » de 2022, qui a profondément remis en cause les fondements mêmes de la République islamique. Menacé, le régime avait alors été contraint de faire des concessions, en particulier sur le port du voile, amenant un certain nombre d’Iraniens à prendre conscience qu’il était possible de faire bouger les choses.
Pour autant, le pouvoir iranien reste soutenu par une partie de la population, et l’hypothèse d’un renversement populaire paraît peu probable au regard des nombreux leviers de répression dont il dispose. De même, la perspective d’une action américaine semble s’être éloignée, tant son succès et les conséquences qu’elle pourrait entraîner paraissent incertains.
Intervention d’Agnès Levallois
- Intervention parue sur RTS
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