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Conflit israélo-palestinien: « on est dans un schéma qui va être répétitif »

Claire Hilderbrandt : Après ces multiples attaques de la part des forces israéliennes, que cherchent-elles exactement ?

Jean-Paul Chagnollaud : On est dans un schéma qui va être répétitif, encore et encore, nous en reparlerons c’est certain dans les prochaines semaines. Le scénario est simple: nous sommes dans un territoire occupé par une armée, par un État qui a une puissance occupante au sens du droit international. Cette jeunesse n’a pas la moindre perspective politique depuis des années puisque tout s’est effondré avec le naufrage d’Oslo il y a maintenant plus de vingt ans. C’était il y a vingt ans, donc aujourd’hui ce sont ces jeunes qui ont vingt ans. On est alors dans cette jeunesse qui n’a pas connu les espoirs des années d’Oslo, et là c’est même le « désespoir ». Donc ils prennent les armes, il y a un pourcentage très élevé dans la population palestinienne d’environ 40% (pas seulement chez les jeunes) qui sont en faveur de la lutte armée.

On disait que le plus gros raid se tenait à Jénine, et puis maintenant un mois plus tard on dit que c’est celui qui a eu lieu à Naplouse, demain on dira que c’est celui qui est à Jéricho ou ailleurs. Et donc le schéma est simple, un raid israélien pour tuer ces jeunes, des représailles du côté de Gaza, Israël envoie des avions et nous sommes dans l’escalade complète. Il y a des dizaines de morts dans ce qui vient de se passer à Naplouse. Ça veut dire qu’une bonne partie de ces jeunes engagés dans cette résistance sont considérés comme des terroristes. C’est absurde, ce sont avant tout des jeunes qui veulent vivre. Cela va créer davantage de frustration, par capillarité d’autres jeunes vont être solidaires évidemment, cela va souder cette jeunesse. Et le gouvernement d’extrême-droite va aller au bout de ses projets en colonisant encore et encore, et davantage réprimer tous ceux qui s’opposent à cette politique.

Ce qui est dramatique, c'est que l'on sait que cela va s'aggraver, et on ne fait rien, nous sommes dans une sorte de schizophrénie politique où on essaie de calmer le jeu alors qu'on sait que le drame est là.

Ce gouvernement est dans une logique d’impunité, il peut aller très loin, et le rapport de force est asymétrique. L’armée israélienne est puissante. Les États-Unis vont dire aux autorités palestiniennes d’essayer de calmer le jeu. Les Israéliens en échange vont faire des concessions à l’Autorité palestinienne mais celle-ci est complètement déconnectée de sa population. Donc, on est dans un jeu d’escalade tragique, et puis il y a des tentatives de négociations qui consistent simplement à gérer le conflit.

Il y a un jeu à trois entre les États-Unis, Israël et les autorités palestiniennes pour gérer le conflit, aller à ses racines. On a abandonné depuis plusieurs années toute volonté politique de dire « il y a une situation de territoires occupés, c’est inacceptable, essayons de retrouver le chemin d’une vraie négociation. » Si on ne va pas dans cette direction difficile,  on retrouvera ce scénario – très probablement en plus grave – dans les prochaines semaines. Cette situation dure déjà depuis des mois et des mois de frustration. Ce trio avec les États-Unis ne va rien régler du tout, et ces jeunes seront désespérés de voir leurs amis blessés gravement ou morts.

Pour l’instant, personne ne veut rien faire, tout le monde est focalisé sur l’Ukraine. Cela fait plus de dix ans qu’il n’y a plus de négociations. La dernière résolution importante de la part du Conseil de sécurité date de septembre 2016, nous sommes en 2023 donc cela fait sept ans. On va sans doute avoir une grave détérioration de cette situation entre Israël et la Palestine. Ce qui est dramatique, c’est que l’on sait que cela va s’aggraver, et on ne fait rien, nous sommes dans une sorte de schizophrénie politique où on essaie de calmer le jeu alors qu’on sait que le drame est là.

CH : Que peuvent faire les États-Unis aujourd’hui ?
JPC : Certes, ils condamnent les neuf colonies israéliennes, mais les Américains, derrière tout ça, ont toujours leur rapport à l’Iran, et les Américains soutiennent Israël à fond, aussi sur la question iranienne du nucléaire, donc on est dans un jeu très complexe. S’il n’y a pas une volonté politique du Conseil de sécurité, des États-Unis ou même des Français, on restera dans cette escalade de meurtres et de violence. On est dans un cycle infernal.
 
Dans ce conflit qui dure depuis des décennies, vous avez des séquences qui correspondent à des générations. Par exemple, vous avez des générations qui aboutissent à la première Intifada et qui a ensuite abouti à Oslo. Là, on est dans une nouvelle génération qui avait trois ou quatre ans en 2000 et il faut essayer de comprendre comment elle est, quelles représentations ces jeunes peuvent avoir sur leur propre vie, même en dehors de la politique. Les autorités palestiniennes sont d’autant plus discréditées et déconnectées d’eux aujourd’hui. Ces jeunes sont livrés à eux-mêmes, et ce n’est pas par hasard si plein de groupes bricolent des armes pour se défendre. Cette jeunesse va continuer à vouloir non seulement s’exprimer, mais vouloir vivre ! Mais vivre peut vouloir dire vouloir la liberté, et quelques fois cela signifie pour certains d’entre eux « je préfère mourir pour acquérir cette liberté. »

ÉDITO

ÉDITO

Il n’y a pas de processus de paix à Gaza

La deuxième phase du plan Trump, inséré dans le droit international par la résolution 2803 du Conseil de sécurité du 17 novembre 2025, implique le désarmement du Hamas, un nouveau retrait de l’armée israélienne et l’arrivée d’une Force internationale de stabilisation (FIS). Et, plus tard, « …une fois que l’Autorité palestinienne aura scrupuleusement exécuter son  programme de réformes, les conditions seront alors peut-être réunies pour que s’ouvre un chemin crédible vers… la création d’un État palestinien. » L’idée serait donc d’avancer étape par étape pour aller « peut-être » un jour vers une solution politique. En fait, le scénario qui se met en place sur le terrain dévoile une réalité bien différente.

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LES ANALYSES DE CONFLUENCES

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France – Pays arabes : à contresens de l’Histoire ?

Robert Bistolfi, 20 février 2011
Etait-il vain d’espérer une autocritique collective pour sortir par le haut de compromissions à courte vue avec les pouvoirs établis du monde arabo-musulman proche ? A droite, mais aussi à gauche de l’échiquier politique français, beaucoup se sont fourvoyés. Jusqu’au bout, illustrée caricaturalement par le comportement de la ministre des Affaires étrangères, une raison d’Etat cynique a conduit à privilégier la collusion avec des régimes autoritaires et corrompus contre un pari sur l’avenir démocratique des peuples. Obsédé par la catastrophe iranienne, tétanisé par le 11 septembre, prêt à tout pour sécuriser son approvisionnement énergétique, l’Occident dans son ensemble n’a développé qu’une vision réductrice des sociétés arabes et, plus largement, musulmanes.

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Lettre d’information de l’iReMMO