Home » Dans les médias » Retour de Syrie / COP28 : l’influence diplomatique des Émirats arabes unis

Retour de Syrie / COP28 : l’influence diplomatique des Émirats arabes unis

Les discussions se passent essentiellement en Europe, dans les pays occidentaux. Dans le reste du monde, la question n’est pas du tout évoquée de la même façon. On peut faire un parallèle avec le Qatar avec les critiques la Coupe du Monde de football. On disait que le Qatar n’allait pas se relever, tellement les critiques étaient fortes, sur les conditions des travailleurs immigrés en particulier. Finalement, qu’est-ce qu’il est arrivé? Cette compétition s’est déroulée dans de bonnes conditions. Du point de vue du Qatar, il n’y a pas eu d’accidents, il n’y a pas eu d’attentats, pas de grain de sable dans cette organisation extrêmement complexe vu la taille du Qatar. Les Émirats aussi sont dans cette logique. Ils savent qu’il va y avoir des critiques et ils ont répondu à certaines d’entre elles. Ils ont déjà effectivement investi dans les renouvelables. Ils peuvent mettre en avant Masdar, même si les résultats ne sont pas à la hauteur des projets qui avaient été annoncés, mais ils ont montré finalement que même s’il y a des critiques, elles sont réservées à certains pays qui s’intéressent à cela, mais pas l’ensemble du monde. Les Émirats considèrent que les avantages sont plus importants que les critiques.

En ce qui concerne la rivalité entre le Qatar et les Émirats arabes unis, il faut rappeler le moment de la création de ces États. Ce sont des créations de toute pièce. L’option de créer une seul État avec Qatar et Émirats était sur la table. Au dernier moment, le Qatar a préféré avoir son propre État. Évidemment, lorsqu’on a fait toutes les découvertes de gaz au Qatar, la Fédération des Émirats arabes unis et Abu Dhabi en particulier ont regretté de ne pas avoir réussi à attirer le Qatar, puisque ça aurait permis aux Émirats d’avoir encore plus d’influence. Mais le point qui me semble important dans la rivalité, c’est la question des Frères musulmans: pour les Émirats arabes unis, c’est une question centrale, puisqu’ils sont des ennemis des Émirats, alors que le Qatar, pour se démarquer des Émirats et de l’Arabie saoudite, a plutôt joué la carte du soutien aux Frères musulmans, en particulier avec la chaîne Al Jazeera, qui est la première chaîne libre du monde arabe, et c’est le Qatar qui a eu l’idée de jouer sur ce soft power dont on parle beaucoup depuis des années. Les Émirats ont quand même gardé une certaine rancœur pour ne pas avoir réussi à avoir cette idée qui était prémonitoire en termes d’influence sur les autres pays de la région.

Les responsables des Émirats sont quand même très gênés par la reprise de la guerre, car cela remet en question cette stratégie de normalisation sans pour autant revenir sur les accords de normalisation avec Israël. Il y a eu la condamnation des attentats du 7 octobre de façon très claire, mais ils sont quand même gênés car il y a eu une contestation, alors qu’ils ne s’expriment pas car c’est un système extrêmement autoritaire. Lorsque vous discutez avec des Émiriens ou des personnes qui habitent aux Émirats et qui connaissent bien le fonctionnement, ils vous disent qu’il y a quand même une vraie gêne venant des Émiriens ou d’une population émigrée sur place, comme les Palestiniens, qui sont en nombre certain, ou les Libanais qui sont sensibles à cette cause, mais qui ne l’exprime pas publiquement pour les raisons évoquées. Mais, il y a une vrai gêne quand même de savoir comment tout cela va pouvoir évoluer. Pour l’instant il y a une position de la part des responsables des Émirats qui est de garder la ligne qui est la leur, c’est-à-dire on ne remet pas en question les accords avec Israël, mais une gêne qui est paraît-il pour les personnes qui habitent sur place de plus en plus perceptible et pour l’instant sans que cela ne change véritablement la stratégie des Émirats.

Agnès Levallois, vice-présidente de l’iReMMO

ÉDITO

ÉDITO

Il n’y a pas de processus de paix à Gaza

La deuxième phase du plan Trump, inséré dans le droit international par la résolution 2803 du Conseil de sécurité du 17 novembre 2025, implique le désarmement du Hamas, un nouveau retrait de l’armée israélienne et l’arrivée d’une Force internationale de stabilisation (FIS). Et, plus tard, « …une fois que l’Autorité palestinienne aura scrupuleusement exécuter son  programme de réformes, les conditions seront alors peut-être réunies pour que s’ouvre un chemin crédible vers… la création d’un État palestinien. » L’idée serait donc d’avancer étape par étape pour aller « peut-être » un jour vers une solution politique. En fait, le scénario qui se met en place sur le terrain dévoile une réalité bien différente.

Lire la suite »

LES ANALYSES DE CONFLUENCES

LES ANALYSES DE CONFLUENCES

De la Tunisie vers l’Egypte, la Jordanie ou la Syrie ? La perspective d’une « contagion » révèle le lien arabe mais ne saurait masquer les différences. (Entretien original)

Pierre Blanc, 29 janvier 2011
Un entretien avec Pierre Blanc. Rédacteur en chef de « Confluences Méditerranée » et enseignant-chercheur en géopolitique. « Contagion », voilà le mot clé répété de toutes parts à propos de la révolution tunisienne. Une idée qui révèle en partie notre vision d’un Monde Arabe qui serait uniforme. Interrogé « à chaud » par la Mission Agrobiosciences, le rédacteur en chef de la revue « Confluences Méditerranée », Pierre Blanc, relève effectivement la force du lien arabe, une grande connexion des populations par le biais médiatique et la force d’entraînement des réseaux sociaux ainsi qu’une similitude de difficultés. Mais l’idée univoque d’un effet de « contagion » de la révolution tunisienne à tout le Maghreb et au Proche Orient ne saurait masquer les différences d’un espace national à l’autre.

Lire la suite »
Lettre d’information de l’iReMMO