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La Turquie aux avant-postes à Charm el-Cheikh

Alors qu’en Turquie le cours de l’euro est en passe de franchir le seuil fatidique des 50 livres, que l’inflation est repartie à la hausse et que l’on se demande qui sera le prochain maire CHP arrêté, Recep Tayyip Erdoğan s’emploie à faire oublier une conjoncture intérieure plutôt sombre, en faisant feu de tout bois sur le plan international. Grande bénéficiaire de la chute du régime de Bachar al-Assad à la fin de l’année 2024, la Turquie a joué, en effet, en cet automne 2025, un rôle remarqué dans la conclusion de l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas à Gaza, en particulier lors du sommet de Charm el-Cheikh. Retour sur cette implication et ses perspectives…

Persuader le Hamas d’accepter le plan Trump

Force est de constater que dans le nouveau scénario qu’il a soudain révélé pour Gaza en septembre 2025, Donald Trump n’a pas hésité à réserver une place de choix à la Turquie. İbrahim Kalin, le chef des services turcs de renseignement (MİT), a significativement été convié aux ultimes tractations. Surtout, le 13 octobre 2025, lors du sommet de Charm el-Cheikh, qui a conclu le processus devant une trentaine de chefs d’État, Erdoğan a fait partie, avec ses homologues égyptien et qatarien, du club restreint des signataires du document final présenté par le président américain. Alors qu’il était en vol vers la station balnéaire égyptienne, le chef de l’État turc aurait menacé de faire demi-tour si la présence envisagée de Netanyahou au sommet était confirmée. Elle ne l’a donc pas été, Trump ayant préféré s’assurer la venue d’Erdoğan dont le rôle, pour convaincre le Hamas d’accepter son plan en vingt points, semble avoir été crucial.

La consécration inattendue d’un tropisme palestinien gazaoui

Ankara avait pourtant été en retrait au début de la crise de Gaza. Surpris par le 7 octobre au moment où il s’apprêtait à normaliser ses relations diplomatiques avec l’État hébreu, et où ses échanges commerciaux avec ce dernier culminaient, Erdoğan avait dû durcir sa condamnation d’Israël. Mais ce raidissement l’avait exclu des tentatives de négociations initiales qui avaient vu Doha et Le Caire en première ligne.

Un fort activisme diplomatique au cours des mois suivants, et surtout le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche ont cependant permis à la Turquie de revenir au cœur du règlement de ce conflit. Les liens noués de longue date avec le mouvement islamiste et la solidarité constante témoignée à l’enclave palestinienne avaient toutefois durablement dégradé ses rapports avec Israël. De la réception de Khaled Mechaal à Ankara en 2006 aux vives condamnations des interventions successives de Tsahal à Gaza, en passant par l’incident spectaculaire ayant opposé Recep Tayyip Erdoğan à Shimon Peres au Forum de Davos en 2009 ou par l’arraisonnement meurtrier du Mavi Marmara l’année suivante, ce tropisme palestinien gazaoui des Turcs, qui n’avait cessé d’inquiéter Washington, s’est avéré pourtant un atout maître, le moment venu.

Jouer dans la cour des grands

Désormais, la Turquie entend mettre à profit la reconnaissance acquise à Charm el-Cheikh pour conforter sa position d’actrice incontournable. La mise en œuvre de l’accord pourrait lui en offrir l’occasion puisqu’elle est pressentie pour contribuer à la « task force » chargée de veiller à son application et qu’elle s’est engagée à participer à la reconstruction de Gaza ; des domaines où elle dispose d’une solide expérience, ayant déjà pris part à plusieurs missions d’interposition dans les Balkans ou au Moyen-Orient, et figurant parmi les premiers donateurs d’aide humanitaire au monde. Israël serait néanmoins opposé à un tel scénario.

Quoi qu’il en soit l’implication de la Turquie dans le plan Trump doit surtout lui permettre de crédibiliser son image de force diplomatique, apte à faciliter la résolution des conflits qui ébranlent son environnement régional. On se souvient qu’elle avait offert avec un certain succès sa médiation dans le conflit ukrainien (initiative céréalière en 2022, échange de prisonniers en 2022-2023, esquisse de négociations entre les deux belligérants à Istanbul en 2025). Le 19 octobre 2025, aux côtés du Qatar, elle a convaincu l’Afghanistan et le Pakistan, engagés dans des affrontements frontaliers meurtriers, de revenir à la table des négociations.

Cette position de puissance régionale dépendra aussi des États-Unis. La rencontre entre les présidents turc et américain, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, le 25 septembre 2025, s’est certes déroulée dans une ambiance cordiale. Il reste que les dossiers qui ont empoisonné la relation entre les deux pays au cours de la dernière décennie (présence de troupes spéciales américaines aux côtés des Kurdes du Rojava et retour de la Turquie dans le programme F-35, en particulier) ne sont toujours pas réglés. Comme si Donald Trump voulait conserver quelques leviers sur son « ami » Erdoğan…

Jean Marcou, professeur émérite à Sciences Po Grenoble-UGA

ÉDITO

ÉDITO

Il n’y a pas de processus de paix à Gaza

La deuxième phase du plan Trump, inséré dans le droit international par la résolution 2803 du Conseil de sécurité du 17 novembre 2025, implique le désarmement du Hamas, un nouveau retrait de l’armée israélienne et l’arrivée d’une Force internationale de stabilisation (FIS). Et, plus tard, « …une fois que l’Autorité palestinienne aura scrupuleusement exécuter son  programme de réformes, les conditions seront alors peut-être réunies pour que s’ouvre un chemin crédible vers… la création d’un État palestinien. » L’idée serait donc d’avancer étape par étape pour aller « peut-être » un jour vers une solution politique. En fait, le scénario qui se met en place sur le terrain dévoile une réalité bien différente.

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LES ANALYSES DE CONFLUENCES

LES ANALYSES DE CONFLUENCES

Hommage de Paul Balta à Anouar Abdelmalek, décédé le 15 juin 2012.

Paul Balta, 21 novembre 2012
Mesdames, Messieurs, Chers Amis, Je voudrais tout d’abord remercier le Docteur Mahmoud Ismaïl pour avoir organisé cette séance d’hommage au grand intellectuel Anouar Abdel-Malek, feu mon cousin, qui s’est éteint le 15 juin dernier à Paris. Avant d’évoquer son parcours, permettez-moi d’expliquer comment nous étions cousins. Georges Haddad, mon arrière-grand-père, était un Libanais, grec catholique, qui avait émigré en Égypte, en 1850, pendant la Nahda, la « Renaissance », sous le règne de Mohamed-Ali. Il épousa Hanem Boctor, une copte orthodoxe. Cette aïeule, commune à ma mère, Fanny Haddad, et à celle d’Anouar, Alice, appartenait à une famille copte, partagée entre propriétaires fonciers de la région d’Assiout, en Haute Égypte, et hauts fonctionnaires vivant au Caire : les Scandar, les Guirguis, les Abdel-Malek. Mon père étant français, et ma mère égyptienne, j’ai donc deux patries : la France et l’Égypte que j’aime également.

 

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Lettre d’information de l’iReMMO