Edito

Où en est la Syrie ?

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Reprise des bombardements sur l’enclave d’Idlib, augmentation sensible des victimes de la Covid-19, pénurie d’électricité et de mazout, flambée des prix de première nécessité. Plus de 10 ans après le déclenchement du mouvement de contestation, l’OSDH fait état de près de 500 000 morts, 13 millions de Syriens ont fui leur domicile et 6,5 mns d’entre eux ont quitté le pays. Voilà quelques éléments de la réalité syrienne bien loin de l’image de normalisation qu’entend présenter le régime.

Une des seules constantes est le maintien au pouvoir de Bachar al-Assad réélu le 26 mai dernier avec un score de 95,1 %. Ce chiffre ne veut évidemment rien dire car les déplacés et réfugiés n’ont pas pu voter et qu’Assad était de fait le seul candidat : précisons que pour pouvoir se présenter et voir sa candidature validée par la Haute Cour Constitutionnelle, un candidat devait pouvoir prouver avoir passé les dix dernières années en Syrie, c’est-à-dire ne pas avoir fui le pays ce qui excluait de facto les opposants exilés à l’étranger. Les deux personnes qui se sont présentées ne pouvaient donc pas être validées par l’opposition de l’extérieur, car considérées comme une émanation de l’opposition « tolérée » de l’intérieur. Mais pour le régime, qui est d’un cynisme absolu, il fallait montrer que le scrutin était ouvert. Sa priorité était que l’élection se déroule quelles que soient les conditions afin de donner une bonne image car l’obsession d’Assad est d’accréditer l’idée selon laquelle il a « gagné la guerre » même si c’est loin d’être le cas. En effet, le régime ne contrôle que 65 % à 70 % du territoire en dépit du soutien inconditionnel des Russes et des Iraniens et la Turquie occupe le nord du pays.

L’organisation des élections visait également à inciter les Syriens à rentrer pour faire croire à la normalisation de la situation. Là encore il s’agit d’un leurre car Assad fait croire qu’il souhaite le retour des réfugiés or il a déclaré dans un discours prononcé en août 2017 : « il est vrai que la Syrie a perdu sa jeunesse et son infrastructure, mais elle a en revanche gagné une société plus saine et plus homogène ». De façon encore plus directe, le chef des services de renseignement de l’armée de l’air Jamil al-Hassan a déclaré qu’une « Syrie de 10 millions de personnes obéissant à leur leadership valait mieux qu’une Syrie de 30 millions de voyous ».

L’autre priorité du régime en affichant une normalisation de la situation est d’obtenir la réintégration de la Syrie au sein de la Communauté internationale et tout particulièrement de la Ligue arabe et d’attirer les capitaux indispensables à la reconstruction du pays évalués à 350 milliards de dollars. Les parrains du pays, Russie, Iran et Turquie n’en ayant pas les moyens, Assad aimerait mobiliser les pays du Golfe et la décision des Émirats arabes unis, suivie de celle de Bahreïn de rouvrir leur ambassade en décembre 2018 a été un premier pas dans cette direction.

Assad règne sur un champ de ruines, la société est laminée, l’économie à bout de souffle et surtout il n’est pas maître de la situation. L’avenir du pays est sombre, les Syriens sont désespérés avec un sentiment d’abandon de la communauté internationale qui a « délégué » la gestion du conflit à Moscou et Téhéran. Assad va en profiter pour lancer une offensive militaire avec les Russes destinée à liquider la poche d’Idlib et d’en reprendre le contrôle mais cela ne permettra pas pour autant la fin du conflit.

Agnès Levallois