Smyrne/Izmir, ville plurielle. Regards du passé et du présent

20 novembre 2021 – 11h30-17h30

Dans le cadre du cycle 2021 de l’Université populaire
Cycle 2021-22 « Villes-carrefours de Méditerranée et du Moyen-Orient »

Izmir vue du ferry boat Konak avec des bâtiment avec un drapeau turc
Photo : alerque - "Izmir vue du ferry Konak" (CC BY-SA 2.0)
Site habité depuis l’âge du Bronze, l’emplacement de la ville de Smyrne, aujourd’hui Izmir, idéalement situé au fond d’un golfe profond, a fait de cette ville-port l’une des plus importantes échelles du Levant, sous l’empire Ottoman. Cette escale maritime du commerce méditerranéen a attiré de nombreuses populations qui s’y sont établies au cours des siècles, comme en témoignent les divers quartiers qui composent la ville : quartier arménien, quartier juif,quartier grec, européen, musulman. Bien qu’une dose de mixité existait bel et bien dans chacun de ces quartiers, dans la ville basse comme dans la ville haute, sur les colline qui surplombent la mer. Sans parler des différentes appartenances au sein même de chaque famille à l’identité complexe du fait des alliances multiples nouées au fil de la vie.
Cette cohabitation de peuples, de langues et de religions, caractéristique de nombreuses villes du littoral, a donné lieu à une narration de la fraternité entre gens d’origines différentes qui est devenue quasiment mythique. Or, dans les faits, elle n’était pas aussi paisible et harmonieuse que certains récits de voyageurs ne l’ont montré. En effet, les rivalités et les conflits entre les puissances présentes autour de la Méditerranée, ont toujours eu des répercussions souvent sanglantes dans la vie de ces villes carrefours.
Smyrne n’échappe pas à ce destin tragique qui a vu en 1922 la ville mise à feu simultanément dans tous les quartiers et les habitants, notamment ceux d’origine grecque et arménienne, contraints à abandonner leurs biens et leur vie. Cette expérience traumatique a produit des mémoires blessées, des ruptures douloureuses qui se sont transmises de générations en générations. Ce vécu très éloigné du cosmopolitisme heureux a néanmoins conduit à une nostalgie déchirante d’un passé magnifié.

Izmir, la métropole du XXIe siècle, reste marquée par le drame qui continue sous d’autres formes,celui des migrants d’aujourd’hui qui fuyant la misère et les guerres rappellent en écho les catastrophes du passé qui ne cessent de se reproduire. Les refoulements illégaux de migrants vers la Turquie par les autorités grecques se multiplient. Une opération récente menée dans la province d’Izmir a donné lieu à la capture de 137 migrants. Or depuis la prise du pouvoir par les Taliban à Kaboul, le 15 août dernier, la Turquie multiplie les mesures pour empêcher les arrivées via l’Iran d’Afghans à la recherche d’asile.

Programme de la journée

11h30-13h
Smyrne : mémoires d’un grand port ottoman
Marie-Carmen Smyrnelis, historienne et anthropologue, maîtresse de conférences à l’Institut catholique de Paris. Elle est l’auteure de Une société hors de soi. Identités et relations sociales à Smyrne aux XVIIIe et XIXe siècles (Paris-Louvain, 2005) et a dirigé Smyrne, la ville oubliée ? 1830-1930. Mémoires d’un grand port ottoman (Autrement, 2006).
14h15-15h45
Projection du film « Ismyrna » (2016, 50min, Liban, Émirats arabes unis, France)

Présentation par les auteur.e.s Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

La réalisatrice Joana Hadjithomas et l’artiste et poétesse Etel Adnan se sont rencontrées il y a 15 ans. Devenues de proches amies, elles partagent une ville sans y avoir jamais été : Izmir, en Turquie, ancienne Smyrne. Après la chute de l’empire ottoman, la famille paternelle grecque de Joana a été chassée de Smyrne par les armées turques. La mère grecque d’Etel, aussi née à Smyrne, a épousé un officier syrien de l’armée ottomane qui s’est exilé au Liban après la chute de l’empire. Ayant vécu dans une Smyrne imaginaire, Etel et Joana sont désormais confrontées à la transmission de l’histoire, questionnant leur attachement aux objets, aux lieux et aux imaginaires privées d’images.

16h-17h30
Izmir, le rempart républicain, entre cosmopolitisme et universalisme des droits de l’Homme
Roberto Frifrini, responsable de programme Moyen-Orient et Afrique du nord au sein de l’organisation Euromed Droits. Sa mission porte notamment sur la défense des droits humains en Turquie et en Algérie. Il est aussi doctorant au centre de recherche juridique de Paris 8 (CRJP8).

Tarifs
Journée 20 € / 12 €*
Séance 8 € / 5 €*
*tarif réduit pour les étudiant.e.s et demandeur.e.s d’emploi

Livres des intervenants

Lettre d’information