Les armées dans la région MENA [APPEL À CONTRIBUTION]

Partagez

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Parution en mars ou juin 2022

Numéro thématique sous la responsabilité d’Elyamine Settoul et Agnès Levallois

Les armées et de manière plus générale les services de sécurité ont joué et continuent de jouer un rôle central dans les États de la région MENA. A l’exception notoire des monarchies de la péninsule arabique, elles ont souvent contribué à la prise de pouvoir des pays de la région (Égypte, Syrie, Irak). Très souvent assimilés à l’Etat « profond », elles ont largement participé au maintien de régimes autoritaires et leur centralité tout comme leur rôle sont régulièrement interrogés par les spécialistes. Ce fut clairement le cas lors des soulèvements du Printemps arabes de 2011 où on a pu observer que d’un pays à l’autre les réactions des sphères militaires étaient très disparates. La désolidarisation des armées tunisiennes avec la police du pays illustre un cas d’exception. Les nombreux événements survenus depuis ces soulèvements ont mis en lumière la grande diversité des trajectoires nationales. En Algérie, malgré les secousses du hirak, l’armée a (jusqu’ici) réussi à maintenir son cap. En Égypte, le coup d’État du 3 juillet 2013 a mis fin au pouvoir de Mohamed Morsi pourtant démocratiquement élu. 

Les armées connaissent également des mutations et des évolutions notables. Ainsi, dans les monarchies du Golfe, les institutions militaires tendent à monter en puissance. C’est par exemple le cas des Émirats arabes unis qui développent leurs capacités opérationnelles afin d’être en mesure de se projeter à l’extérieur de ses frontières (Libye, Yémen) mais aussi par crainte du grand voisin iranien. Enfin, par leur instabilité structurelle certains pays cristallisent de nombreuses interrogations. C’est notamment le cas de la Syrie ou encore de l’Irak dont les armées doivent composer avec des équilibres confessionnels et communautaires particulièrement complexes.

L’objectif de ce numéro consacré aux armées de la région MENA visera à interroger la place des forces armées dans ces différentes configurations nationales. De quelles manières les évolutions stratégiques régionales affectent le rôle et les missions de ces institutions ? Quelles sont les lignes de continuités et de discontinuités qui traversent cet espace régional ? Nous favoriserons les approches comparatives lorsqu’elles ont du sens.

 

Notre sélection de contributions privilégiera les thématiques relatives à des dynamiques récentes (post-Printemps arabes) et des recherches, si possible, alimentées par la collecte de matériaux empiriques (entretiens, observations etc..).  

Les propositions souhaitées pourront s’articuler autour de 4 axes : 

Armées et sociétés : Les armées dans la zone MENA cristallisent un imaginaire ambivalent auprès des populations dont elles émanent. Souvent symboles de conservatisme et d’autoritarisme, elles jouissent dans le même temps d’un certain prestige et d’une forte attractivité auprès de leurs jeunesses qui les percevaient souvent comme des viviers d’emplois et une voie de promotion sociale. Cet axe de recherche pourra éclairer cet apparent paradoxe et documenter avec des matériaux empiriques les tendances récentes quant à l’évolution de leur composition sociologique. Quelles sont les modalités concrètes du recrutement militaire ? Quel est le poids des facteurs régionaux, politique/confessionnel (types de recrutement, diversité, féminisation etc..) et les transformations récentes dans le lien armée nation (conscription…). 

Armées et mondes économiques : Par la centralité de leur positionnement dans l’appareil étatique, de nombreuses armées, en particulier arabes, ont pu développer au fil des décennies de véritables stratégies de prédation économique. Que l’on pense aux empires financiers constitués par des officiers égyptiens (secteur BTP, agroalimentaire…) ou au monopole des généraux algériens sur des pans entiers de l’activité commerciale (licences d’import-export), comment s’élabore cette acquisition de ressources ? Cette situation crée des tensions avec les milieux d’affaires qui voient ainsi leur marge de manœuvre se restreindre. Là encore, le cas égyptien est intéressant lorsque l’armée n’avait pas l’intention de laisser Gamal Moubarak s’emparer des leviers économiques à son détriment. Quels sont les stratégies et mécanismes activés pour cela ?

Armées et coopération(s) : Les armées arabes se distinguent de manière générale par une relative faiblesse des coopérations militaires régionales. En revanche, qu’elles soient de nature économique, technologique ou stratégique, leurs collaborations et échanges avec les puissances occidentales se caractérisent par un fort dynamisme : quelles en sont les raisons ? Il serait également intéressant de questionner et analyser la participation des armées de la région MENA dans les forces d’interposition de l’ONU et l’OUA par exemple, pourquoi cet engagement ?

Nombre de pays de la région continuent d’avoir des taux d’investissement militaire figurant parmi les plus élevés au monde. La part des dépenses militaires dans les budgets est importante. Quels sont les facteurs explicatifs de ce paradoxe ? Quelles sont les mutations récentes observables ? Est-ce que les récentes évolutions géopolitiques (multiplication des risques jihadistes, montée en puissance de la Chine, etc..) ont modifié la donne ?

Armées /sécurité-pouvoir : Un dernier axe vise à interroger les relations et interactions entre les armées et les autres acteurs sécuritaires (police, service de renseignement, milices…). En effet, une des caractéristiques des régimes arabes est d’avoir multiplié les forces de sécurité, mettant en rivalité l’armée et la police mais aussi différents services afin de limiter les velléités de contestation ce qui a pu avoir comme conséquence de priver l’armée de certaines de ses prérogatives.

Souvent considérées comme « l’État profond » et garantes de la pérennité des régimes, les armées sont aussi amenées à expérimenter des tensions, des jeux d’influence/concurrence (Tunisie) avec d’autres acteurs qu’ils soient étatiques ou non étatiques (milices en Libye, Irak, Yémen, hezbollah…). Cet axe pourra également s’attacher à décrypter les dynamiques de soft power qu’elles aient trait à des phénomènes de déclin ou à l’inverse de montée en puissance (Émirats Arabes Unis, Turquie) que connaissent certaines armées dans cet espace régional.

Instructions aux auteurs pour la présentation des propositions et des articles

Les propositions d’articles devront être envoyées avant le 10 juillet 2021 à Agnès Levallois (agnes.levallois[at]iremmo.org) et Elyamine Settoul (elyamine.settoul[at]sciencespo.fr) propositions ne devront pas dépasser 4 000 signes. La proposition doit être accompagnée d’un titre (même provisoire) et d’une courte biographie de l’auteur.

Après un retour vers les auteurs le 30 juillet, les articles devront être remis au plus tard le 1er novembre. Les articles ne doivent pas dépasser 25 à 30 000 signes (espaces compris). Sous le titre de l’article, donner le nom de l’auteur et son ancrage institutionnel, ainsi qu’un résumé de 5 à 10 lignes (avec une traduction en anglais). Le texte doit être saisi en Times New Roman, taille 11 avec un interligne. L’intégralité des consignes et les normes éditoriales de la revue sont disponibles ici